Les matins italiens

- 6 décembre 2012

Je ne me souviens pas vous avoir déjà raconté l’anecdote concernant mon premier « matin italien ». Sauf erreur, c’était la toute première opération du genre. Les « Supers Toscans » 1997, alors encensé comme « millésime du siècle », étaient offerts. Solaia, Masseto, Sassicaia, Onellaia et compagnie devaient sortir à des prix défiant toute compétition. C’était tellement vrai, en comparaison avec l’Ontario et nos voisins du Sud, que notre Monopole d’État avait d’ailleurs majoré les prix 2 ou 3 jours avant la mise en vente pour niveler avec ses « concurrents ». Encore là, les prix restaient « concurrentiels ». La frénésie était palpable au sein des amateurs. Tout le monde s’était passé le mot. Comme disait mon grand-père : « Y’allait avoir du monde à Messe! »

 

À l’époque, je fréquentais une Marseillaise. Je l’avais convaincu de se lever tôt pour faire la file avec moi. Le hic : ça se passait au beau milieu de février. Vous vous en doutez, il faisait un froid sibérien. Malgré l’habit et les bottes de ski-doo, le café et la couverture de laine, rien n’y faisait. Elle était complètement gelée et… abasourdie! À un moment, son regard bleu azur m’a croisé : « Vous êtes vraiment des fous à lier de vous lever à 4h du mat’ pour acheter du vin avec un froid pareil! C’est l’URSS ici, ou quoi?! »

 

Aujourd’hui, elle m’adresse encore la parole, mais le plus souvent c’est pour savoir le moment où l’on débouchera une bouteille de Solaia 1997…

 

La tradition des « matins italiens » se poursuit désormais sous le vocable « Italiens de renom ». Ils sont mis en vente dès aujourd’hui dans les SAQ Sélection. Voici mes impressions. Tous les vins ont été dégustés à l’aveugle. L’ordre de présentation a été arrêté par la SAQ. Comme toujours, les notes sont sur 20 points.

 

 

Al PassoLe Difese, Tenuta San Guido, Toscana i.g.t. 2010 (25,05 $ – 10987427)

Bien ouvert et frais sur des notes de fleurs et de cerises avec un arrière-plan végétal. Souple et de bonne vivacité, la finale moyenne arbore un petit côté vert qui peut déranger. 14

 

Perlato del Bosco, Tua Rita, Toscana i.g.t. 2010 (35,75 $ – 11694546)

Boisé palpable avec des notes torréfiées, de fruits noirs, poivre et goudron. Juteux tout en restant bien frais. Très bien. 15,5

 

Al Passo, Tolaini, Toscana i.g.t., 2008 (24,55 $ – 11794344)

Bonne intensité malgré un boisé dominant. La bouche est plus épurée, soyeuse, presque ciselée et terminant sur de jolies notes d’écorce d’orange. Belle affaire. 15,5

 

Marchese Antinori Riserva, chianti classico 2008 (152,00 $ format 3l928507)

Nez d’abord timide qui évolue sur le soya, la pâte de tomates et un registre floral agréable. Bouche nourrie, encore serrée par des tanins légèrement rustiques. Ensemble d’assez bonne profondeur offrant une bonne longueur en finale. Attendre 3-5 ans.15,5-> 16,5

 

Pactio, Fertuna, Maremma Toscana i.g.t., 2009 (24,50 $ – 11812071)

Réjouissant de pureté avec un fruité frais, de l’épice et une pointe goudronnée. Ensemble souple construit autour d’une acidité vive qui permet aux arômes de bien s’exprimer en finale. Un vin de caractère. Bon prix. J’aime. 15,5

 

ArgentieraArgentiera, Bolgheri Superiore 2008 (64,75 $ – 11547378)

Plus étoffé : goudron, graphite, violette, cerise. Soyeux, énergique avec des tanins serrés et élégants. Beaucoup d’allonge. On peut mettre au cellier tout en sachant que le vin est déjà fort accessible. 16,5 ->17,5

 

Tignanello, Antinori, Toscana i.g.t., 2009 (99,75 $ – 10820900)

Nez plutôt simple de prune chaude, de bois et d’épices douces. Bouche légèrement fatiguée et à l’acidité basse. On sent néanmoins une certaine stature amenée par la densité de la matière et la longueur. Déception au dévoilement. À sa décharge, le vin a été dégusté en demi-bouteille. Les deux flacons étaient similaires. 15?

 

Mormoreto, Castello di Nipozzano, Toscana i.g.t. 2009 (130,00 $ les 1,5l – 850560)

Puissant, sur la cerise à l’alcool, torréfaction, vanille et fruits noirs. Style exagéré aux accents internationaux. Large en attaque, on sent néanmoins un creux en milieux de bouche. La masse tannique prend le dessus et laisse une impression rustique en finale. 14,5

 

Doppiozeta Zisola, Mazzei, Noto Rosso 2008 (39,50 $ – 11792138)

Féminin dans l’approche avec une distinction aromatique notoire : floral, cerise noire, bois précieux, touche de goudron. Joufflu et énergique avec des tanins qui paraissent fougueux. Bonne densité et longueur qualitative. Il devrait s’affiner avec quelques années de réclusion. Bel achat. 16,5->17

 

Podere Sapaio, Bolgheri Superior 2008 (49,50 $ – 11491651)

Robe grasse et violacée. Viande fumée, gelée de cassis, poivre concassé. Ensemble concis et corsé qui paraît un peu rustique pour le moment. Le potentiel est là. 15,5->16,5

 

Flaccianello della PieveFlaccianello della Pieve, Fontodi, Colli Toscana Centrale 2009 (82,00 $ – 11364571)

Nez racé et gourmand. Frais, sur la framboise, griotte, mine de crayon. Soyeux, le vin a du poids sans paraître lourd. Moins structuré que par le passé, il est aussi plus ouvert et porté par une acidité tonifiante. Finale finement torréfiée. Superbe. 17->18

 

Le Serre Nuove, Dell’Ornellaia, Bolgheri 2010 (59,75 $ – 10223574)

Épicé, avec des tonalités de charbon, de soya et de cerise. On perçoit une pointe de verdeur qui semble accentuer les notes d’élevage. Bouche lisse, chaude et tendue rappelant Châteauneuf-du-Pape. Le tout est élégant quoiqu’imposant. Bonne évolution à prévoir. 16->17

 

Sassicaia, Bolgheri 2009 (169,00 $ – 743393)

Certains collègues de presse ont trouvé la première bouteille brouillonne. C’était effectivement réduit et fade sur des tonalités de gâteau et de réglisse. Une bouche raide montrant des tanins forcés et une certaine fatigue en finale. La seconde bouteille était nettement plus fraîche. Timide au départ, le vin se révèle tranquillement. Il développe un bouquet complexe de fleur, de tapenade, d’épices orientales, de poivron rôti et de graphite. Toujours sur la réserve, l’attaque et effilé et dense. Caressant, plein avec une finale expansive et parfumée. Sassicaia ne ment jamais. Un cru d’exception. 17,5->18,5

Sassi

Punset, Barbaresco 2007 (49,75 $ -11815619)

Position ingrate que de passer après Sassicaia. On change de registre. Robe lumineuse et pâle qui oriente vers le nebiollo. Nez poivré, animal qui fait penser au pinot d’aunis en Loire. Souple, acidité basse avec l’aspect terroir qui ressort en finale. Du caractère. 15,5

 

Sottocastello, Ca’ Viola, Barolo 2006 (61,50 $ – 11688461)

Robe limpide, reflets rubis et pourtour orangé. Nuancé et de bonne intensité sur des tonalités exotiques de bois, de fraise en confiture et le havane. Ciselée, énergique avec une masse tannique pleine, le vin n’en demeure pas moins gourmand et d’une digestibilité remarquable. J’ai beaucoup aimé. 17->17,5

 

Poderi Aldo Conterno, Barolo 2007 (83,50 $ – 11061669)

Torréfié, avec notes de goudron. Bouche compacte, sur elle-même. Matière dense, fraîche et lisse. Le vin se goûtait mal. À revoir.15-16 ?

 

Luce, Brunello di Montalcino 2007 (107,00 $ – 11593809)

Un peu fermier, torréfaction, vanille, élevage marqué. Racoleur par son soyeux peut-être trop poli, il n’en demeure pas moins solide. Boisé marqué en finale. 16->17

 

MassetoPieve Santa Restituta, Gaja, Brunello di Montalcino 2007 (60,00 $ – 11817315)

Joli nez au départ de graphite et griotte, il évolue sur des notes plus cuites de caoutchouc et de prune chaude. Velouté avec des tanins qui paraissent néanmoins un peu secs et gâchent la finale qui tombe assez rapidement. 15

 

Tenuta Sette Ponti, Oreno 2009 (146,75 $ les 1,5l11813429)

Aguichant et puissant avec une certaine retenue. Confitures de mûres, pain grillé, pâte d’amandes, réglisse. Feutré, frais, corsé avec une finale vaporeuse sur la cerise chocolatée. Un tombeur qui a du panache. 17->17,5

 

Masseto, Tenuta dell’Ornellaia, Toscana i.g.t. 2009 (499,00 $ – 10816636)

Dès qu’on sait qu’il est de l’alignement, même à l’aveugle, c’est pratiquement impossible de le manquer. C’est big! On le compare souvent à Petrus du fait surtout du merlot qui compose les deux vins. Personnellement, je n’ai jamais trouvé dans Masseto le raffinement de texture, encore moins l’expression singulière du terroir de Petrus. C’est un vin qui détonne par sa richesse et son intensité, mais il lui manque toujours cette mysticité qui fait dresser les poils et donne de l’émotion. À moins de vouloir impressionner, à ce prix, je prends deux bouteilles de Sassicaia et une de Flaccianello. 17,5

 

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1 commentaire

  1. Pascal dit :

    Quelle idée, aussi, de sortir avec une Marseillaise ? Si encore la vente avait eu lieu devant le Vélodrome, même à – 50 ° elle aurait accepté ! ;-))

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