Comme je vous le disais jeudi, je me suis rendu rencontrer le critique américain James Suckling pour déguster avec lui et quelques collègues québécois une sélection de vins que la SAQ mettra en vente prochainement.
L’ex-chroniqueur du Wine Spectator, qui vient de lancer son site, a conclu une entente de partenariat avec notre société d’État. En gros, il a demandé à la SAQ de lui faire goûter une sélection de vins qu’elle juge être du niveau des 90 points et plus (sur l’échelle de 100 points utilisés par Suckling, le Wine Spec et Robert Parker), mais à moins de 30 $.
Suckling a fait la même proposition à plusieurs grands magasins privés dans le monde (Zachy’s à New York, Wally’s à Los Angeles, etc.). Il donne de la visibilité aux commerçants et les commerçants «pousse» ses notes – et sa crédibilité – en affichant ses commentaires et ses notes sur les vins en tablettes. Un win-win, comme on dit dans le commerce. C’est en cherchant à s’associer aux plus grands magasins du monde qu’il a pensé à la SAQ, dit-il. «J’ai pensé: où est le plus grand wine shop dans le monde ? La SAQ! Donc, j,ai parlé avec eux et j’ai dit, j’aimerais faire une dégustation je ne sais pas au trois mois, j’aimerais déguster les vins que vous mettez dans votre catégorie Spécialités. Je vais déguster à l’aveugle. Vous pouvez utiliser mes notes en français, je vais mettre mes notes en anglais sur mon site.»
«Flattée» de l’intérêt que lui portait le critique californien, la SAQ a acquiescé. James est donc venu à Montréal – à ses frais, assure-t-il – pour déguster 200 vins que lui avait soumis la SAQ. De ces 200 vins, il a jugé que 134 méritait une note de plus de 90 points.
Ces vins seront mis en vente bientôt (certains le sont déjà). Plusieurs sont des vins que vous connaissez bien, qu’on voit à la SAQ depuis des années, d’autres sont plus récents. Il y a notamment le Petalos, le Causses Marines, le pinot noir d’Amisfield, le domaine d’Aupilhac, la cuvée Aegidiane du château Lamargue, le savagnin de Stéphane Tissot, etc. Bref, de très beaux vins en général. J’en ai dégusté une trentaine avec mes collègues. Je vous les commenterai dans un billet à venir.
Voilà pour les vins.
Quant à James Suckling, je dois dire que c’est un chic bonhomme, super gentil. J’ai dégusté un peu avec lui, il me semble avoir effectivement un palais plus «québécois» ou «européen» que la moyenne des critiques américains que j’ai rencontrés. (Nous avons été d’accord sur plusieurs vins, notamment un superbe riesling Rosacker Grand Cru 2008, des Vignerons réunis de Hunawir, mais aussi, malheureusement sur un horrible assemblage de marsanne et viognier de la maison californienne Treana).
Cela dit, je dois vous dire que je reste perplexe face à toute cette opération. James Suckling dit vouloir déguster les vins une fois qu’ils sont en magasin, plutôt qu’AVANT que les magasins ne les achète (ce qu’il faisait depuis 30 ans au Wine Spectator). Il dit vouloir partager ses notes avec le public. Je le comprends. C’est que nous faisons, moi, Michel Phaneuf, Claude Langlois, Jacques Benoît, etc. depuis des années au Québec avec les vins en vente à la SAQ.
Malgré toutes ses qualités, James Suckling est pratiquement inconnu du public québécois. Et pourquoi en serait-il autrement ? Il a travaillé toute sa carrière pour un public essentiellement américain.
Je ne comprend donc pas pourquoi la SAQ s’associe de la sorte avec lui. Que va-t-elle y gagner ? Des notes sur 100 accolées sur ses bouteilles ? Pourquoi alors ne pas simplement utiliser les notes de Michel Phaneuf ? Évidemment, Michel aurait refusé une telle association. Je le sais, je le lui ai demandé. Pourquoi pas avoir fait appel à des sommeliers d’expérience, alors ? Comme Véronique Rivest ou Élyse Lambert ? Un collègue me glissait que c’était une forme de «colonialisme» et qu’on aime toujours, ici au Québec, étaler l’intérêt que nous porte les Américains ou les Français.
Cela dit, je lance un appel à la SAQ: je vous propose que vous me laissiez goûter tous les vins que vous jugez être un coup de coeur pour le Méchant Raisin. Je vais les déguster à l’aveugle. Je vous donnerai le droit d’utiliser mes notes. Et je vous permets aussi mettre des liens du site de la SAQ vers mon blogue. Je ne vous chargerai rien, promis. En revanche, je vous demande de me laisser la liberté de dire quand les vins ne sont pas bons, ok ?
On a un deal ?
MISE À JOUR——> J’ai finalement trouvé un moyen de charger mes vidéos sur le blogue. Les voici donc…