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La SAQ en mode « test »

- 14 septembre 2012
Projetpilote

La section des «meilleurs vendeurs», en spécialités, à la succursale de l’Ile des SoeursLa section des «meilleurs vendeurs, en spécialités,

Il y a plus ou moins 11,000 produits de spécialités qui tournent à la SAQ, dans une année.

Ça commence à faire du stock, ça, mon ami.
Certains sont des arrivages uniques, d’autres des produits qui sont reconduits automatiquement quand ils sont épuisés, d’autres qui le sont uniquement en fonction de leurs performances de vente.

Pour le consommateur, pas forcément évident de s’y retrouver puisque d’une succursale à l’autre, les produits varient.
Et ce pour une bonne raison, c’est que ce sont les conseillers en vins qui commandent les produits de spécialités, et ce à partir à la fois d’un inventaire qui leur est proposé selon la bannière de leur succursale (express, classique, sélection, signature, dépôt), mais surtout en fonction de leur marché local respectif.
On s’entend qu’une succursale située à Pointe-Claire a une clientèle bien différente de celles du Marché Jean-Talon, du centre commercial Rockland, de l’Ile des Soeurs ou du Plateau Mont-Royal.
Or, depuis quelques mois, et ce jusqu’en janvier ou février prochain, la SAQ essaie de voir, via un projet pilote, si elle pourrait rationaliser encore davantage l’offre, en matière de produits de spécialités, le but étant évidemment de faire augmenter encore les ventes.
Ce projet pilote est mené dans sept succursales de la province. Soit au Marché 10/30 à Brossard, à L’Île-des-Sœurs, à Boisbriand, à Beloeil, à Drummondville, à Saint-Nicolas et à Chambly.

Deux approches

Deux approches ont été privilégiées : dans cinq succursales, on a aménagé une zone spéciale, où sont regroupés les meilleurs vendeurs, en spécialités. Le nombre de ces produits peut varier, entre vingt-cinq et cinquante, disons, en fonction de la surface disponible.
Dans deux autres succursales, au Marché 10/30 et à Chambly, ces produits demeurent à leur place habituelle, mais sont identifiés comme faisant partie des « meilleurs vendeurs » de leur catégorie.
Tout dépendant du succès de l’une ou l’autre de ces approches, la SAQ décidera ou non de l’étendre à l’ensemble de son réseau.
Pour l’instant, après avoir parlé à quelques conseillers en vin, il semblerait, sous toutes réserves évidemment, que la deuxième approche corresponde plus naturellement aux réflexes des amateurs, quand ils cherchent une bouteille.
Pourquoi ? Parce que dans le cas de la zone désignée, comme me l’a expliqué un conseiller en vin, celui qui est habitué de trouver, disons, son Toscana IGT dans la section réservée à l’Italie, il ne pense pas allé dans cette nouvelle zone puisqu’il ignore, évidemment, que son vin fait parti des meilleurs vendeurs.
De telle sorte que quand un client cherche maintenant un produit spécialités dans l’une de ces succursales, il doit essayer de la trouver à deux endroits, au lieu d’un seul. Pas forcément efficace.
Et même frustrant pour le client, m’a confié l’un d’eux, car il vient nous voir en se plaignant que nous ne gardons plus son vin préféré. L’explication une fois donnée sur la nouvelle section réservée, le client est loin d’être convaincu du génial de l’idée, apparemment.
En revanche, il semblerait que la deuxième approche, comme je le disais, celle, donc, où la bouteille reste dans sa section tout en étant identifiée comme étant un des « meilleurs vendeurs », correspondrait davantage au réflexe de ce type d’amateurs. Mais on verra bien.

Prérogatives

Une chose est sûre, si jamais la SAQ va de l’avant avec l’une ou l’autre de ces approches, il est clair que cela va bousculer aussi les prérogatives des conseillers en vin.
Les conseillers en vin connaissent parfaitement les amateurs curieux et passionnés, ceux-là mêmes à qui s’adressent en premier lieu les produits de spécialités.
Ce sont des acteurs importants dans le commerce des produits de spécialités. Ils sont en première ligne, comme on dit, et les meilleurs d’entre eux peuvent avoir une influence importante sur le chiffre d’affaires d’une succursale.
Cette nouvelle façon de gérer les spécialités, si jamais elle est adoptée, ne devrait pas changer grand-chose pour les conseillers en vin dans des grosses succursales comme Beaubien, Rockland, l’Ile-des-Soeurs ou Atwater, pour ne mentionner que celles-là, puisqu’y tournent en tablettes, dans une année, plusieurs milliers de produits de spécialités.
En revanche, dans des petites succursales où un conseiller ne gère qu’une centaine de ces produits, sa marge de manœuvre s’en trouvera limité d’autant.
Mais on met un homme là-dessus et on s’en reparle.

La SAQ milliardaire

- 15 juillet 2012

C’est sûr qu’avec des profits de près de 2 milliards $, si on tient compte des taxes perçues par le gouvernement, on peut affirmer sans l’ombre d’un doute que : « Les journalistes aboient, le train de la SAQ passe. »

Et, bien évidemment, je me classe sans rougir dans la catégorie de ces journalistes qui, effectivement, aboient à l’occasion. Et s’ils aboient, enfin si moi j’aboie, c’est peut-être parce que, en désespoir de cause, j’ose me poser (peut-être bien inutilement, remarquez, et sans prétention aucune) en chien de garde de l’intérêt de l’amateur de vin et, forcément, de notre monopole.

Notre monopole qui n’a de compte à ne rendre à personne, comme on le sait. Sauf au gouvernement, bien entendu, si les profits ne sont pas au rendez-vous.

Or, ces profits, ils sont au rendez-vous plus que jamais, comme l’indiquent les derniers chiffres, la direction actuelle de la SAQ ayant accompli à ce chapitre un boulot remarquable.

Alors pourquoi aboyer ? Parce que les profits, c’est une chose et l’offre des produits que gère le monopole en est une autre.

Disons les choses plus clairement : est-ce que le modèle de gestion adopté par la SAQ, calqué en large partie sur l’industrie de l’alimentation, et qui, on en convient tous, génère des bénéfices records pour notre bon gouvernement, est-ce que ce modèle de gestion, donc, est compatible avec l’intérêt pur des amateurs de vin ?

J’entends tout de suite un chœur dire bien sûr, puisque l’argent remis par la SAQ au gouvernement nous revient, d’une manière ou d’une autre, via toutes sortes de programmes sociaux.

Mais ce n’est pas de cela dont je parle. Je me demande simplement, en fait, si ce modèle de gestion assu­re aux amateurs les meilleurs vins possible au meilleur coût possible. Et, hélas, à cet égard, j’ai bien peur que non.

Ce n’est pas grave, que j’entends encore du même chœur, il y a des milliers de vins différents à la SAQ et chacun finit bien par trouver celui qui lui convient.

INDIFFÉRENCE

Sauf que, comme je l’ai déjà montré dans cette chronique, les règles imposées par la SAQ, au niveau des produits du répertoire général, font en sorte que les vins des petits producteurs sont éliminés au profit des vins des grands groupes vinicoles.

Comme sont aussi éliminés les vins bon marché au profit de vins plus chers. Remarquez, je comprends très bien que cela se fasse dans l’indifférence générale, ce qui rend la tâche encore plus facile pour la SAQ. Et plus triste, encore, pour l’amateur.

Pour une large portion de buveurs de vin, il n’y aurait finalement sur le marché que deux sortes de vin, du blanc et du rouge, et, peut-être aussi quelques rosés et mousseux, et la vie serait diguidou.

Quant aux autres snobinards qui veulent avoir des vins de meilleure qualité, ils n’ont qu’à aller du côté des vins de spécialités, non ?

Or, ma crainte, et elle est partagée par d’autres au sein de l’industrie, est que le modèle adopté par la SAQ pour ce qui est des vins du répertoire général, s’applique petit à petit aussi aux vins de spécialités.

Pour les produits réguliers, la SAQ propose déjà, moyennant quelques milliers de beaux dollars supplémentaires évidemment, des programmes de distribution élargis à ceux qui souhaiteraient que leurs vins soient disponibles dans un plus grand nombre de succursales.

Or, ce programme existe également depuis deux ans pour les produits de spécialités. À une nuance de taille près, les conseillers en vin, assure la SAQ, ne sont pas obligés d’accepter ces produits dans leur inventaire.

En même temps, devant un refus général théorique des conseillers en vin de vendre lesdits produits, j’imagine que la SAQ devra forcément l’imposer.

Enfin, peu importe, l’idée derrière ces programmes étant que le producteur doit payer pour être mieux distribué, forcément les coûts de cette distribution élargie finissent, d’une manière ou d’une autre, par être absor­bés par le consommateur.

Or, la distribution, c’est le nerf de la guerre. Si pour continuer à bien se vendre, un producteur réalise qu’il lui faudra payer pour un programme de distribution élargie, c’est le début de l’application de la même logique qui a fini par emporter, en « régu­liers », les vins de petits vignerons indépendants.

Mais nous n’en sommes pas encore là.

DÉGUSTATION

► Altitude 2010, Sauvignon Blanc, Vin du pays de Val de Loire, Pascal Jolivet (16,60 $) : un vrai beau sauvignon, vif et nerveux, minéral très droit, signé par un des bons producteurs de sancerre. À plus petit prix, ce vin en emprunte d’ailleurs le style. Très bon achat.

► Château Saint-Antoine 2009, Réserve du Château, Bordeaux supérieur (15,80 $) : un bordeaux bien typé, fait de 65 % merlot et 35 % cabernet sauvignon, bien proportionné, frais et pimpant. Une très bonne affaire.

► La Tota 2010, Barbera d’Asti (23,35 $) : un vin d’été, de terrasse « apportez votre vin » et de plaisir, mais pas dénué de corps pour autant; on en apprécie la fraîcheur et l’équilibre malgré ses 14,5 %. À boire rafraîchi pour en accentuer la gouleyance.

menetoublanchais

Vin plaisir
pour offrir ou se faire plaisir

Menetou- Salon Morogues « Les Blanchais » 2010
Domaine Pellé
13 %, France
Type : vin blanc
Code : 872577
Prix : 26,25 $
Amateurs de sauvignon blanc en mal de vraies bonnes bouteilles, essayez ce menetou-salon, si vous ne le connaissez pas encore. À la fois rond et minéral, un fruit bien mûr, une certaine salinité, c’est précis, droit, et c’est surtout fin et élégant.
[ ★★★ | $ $ $ ]

Pourquoi pas une nouvelle catégorie de vins?

- 24 mai 2012

Bon d’accord ; la SAQ diminue tranquillement le nombre de vins bon marché et les remplace par des vins plus chers. Et puis après ?
Et puis après, pas grand-chose. Je veux dire, il n’y a pas grand-chose qui intéresse qui que ce soit, ces temps-ci, à part le conflit étudiant. Conflit qui a pris des proportions telles que, si la SAQ pouvait vendre à la caisse le nombre d’âneries qu’on entend à ce propos, de part et d’autre de la clôture d’ailleurs, notre bon monopole remplirait ses engagements financiers envers le gouvernement pour plusieurs années.

Donc, la SAQ a entrepris de tirer son offre vers le haut de la fourchette des prix, comme je l’expliquais ces derniers temps, et pour ce faire, forcément, elle remplace lentement mais sûrement les vins dans la fourchette de 9 $ à 15 $ par des vins qui se situent, eux, entre 15 $ et 20 $; bien que, en même temps, il est plus que probable qu’on continuera à avoir accès à un certain nombre (bien que limité) de produits dans cette catégorie. Ce qui, en passant, comme me faisait remarquer un collègue, devrait à terme favoriser la vente des vins en épicerie. Comme quoi on n’est pas sortie de l’auberge de la vinasse. Mais bon, on pourra y revenir.

Comme je l’ai déjà dit aussi, c’est son plein droit de le faire. Que ceux que cela dérange le disent haut et fort, et la SAQ avisera. Mais en attendant, l’amateur de vin que je suis, qui comme bien d’autres amateurs, n’a pas les moyens de s’offrir uniquement des bouteilles à 25 $ et 30 $, aimerait bien pouvoir compter aussi pour son « tous-les-jours » sur des vins de qualité en bas de 15 $.

Ces vins existent en grand nombre dans le vaste monde du vin mais, pour des raisons de règles de fonctionnement interne du monopole (je me permets de le rappeler ici), il est presque impossible maintenant que le vin d’un petit vigneron indépendant se retrouve en « référencement général », comme on dit, justement dans cette fourchette de prix de 9 $ à 15 $.

Et ce, principalement parce que le budget de promotion d’un vin est un facteur incontournable et très important dans la décision que prend la SAQ en ce qui concerne la sélection ou non d’un produit dans son offre de produits réguliers.

Aujourd’hui, il est à peu près impossible de mettre un nouveau vin en marché dans cette section sans un budget qui avoisine les 150,000 $, sinon plus encore. Et, bien évidemment, c’est la SAQ elle-même qui profite le plus de ce budget de promotion.

Suggestion

Mais voici, j’ose humblement faire une suggestion à la SAQ. Pourquoi ne réserverait-elle pas un petit pourcentage de son offre de produits réguliers à ces vins de petits vignerons indépendants ?

Je m’explique ; le nombre de produits courants, à la SAQ, tourne autour de 1100. Pourquoi ne pas faire une place sur ce nombre à une centaine de bons vins de petits producteurs en modifiant, pour cette nouvelle catégorie, les règles d’appels d’offres ?

Ainsi, pour les vins de cette catégorie (ou sous-catégorie), c’est la qualité qui primerait sur tous les autres facteurs d’acceptation. La qualité et son pendant évident, le bon rapport qualité-prix. Autrement dit, pour cette catégorie de produits, le budget de promotion ne serait pas un critère d’acceptation, ni non plus d’ailleurs que la notoriété du produit puisque, par définition, ces vins n’en ont pas (ou peu) et que, de toute façon, le but serait de faire découvrir de nouveaux bons petits vins, lesquels, cela dit, pourraient être identifiés d’une façon particulière.

Traditionnellement, avant que les règles de mise en marché à la SAQ n’épousent pratiquement celles qui ont cours dans le monde de l’alimentation (ce qui, en passant, ne s’est pas forcément fait au bénéfice de l’amateur, loin de là, mais on pourrait en rediscuter), traditionnellement, disais-je, le budget de promotion d’un produit régulier tournait, sauf erreur, autour de 5 % de son prix de départ.

Or pour que les vins de cette nouvelle catégorie puissent avoir un minimum de chances de s’imposer, ce budget promotionnel traditionnel pourrait être maintenu. Mais il faudrait surtout que ces vins soient largement diffusés dans le réseau de succursales de la SAQ.

Aujourd’hui, quand un nouveau vin est accepté au répertoire général, le monopole lui assure une distribution dans environ 110 succursales. Après, c’est aux agences promotionnelles de faire en sorte (via les dégustations publiques dans les succursales, les présentations auprès des gérants, les promesses d’achat d’ilots dédiés, etc.) d’augmenter le nombre de points de vente (il y a environ 400 succursales au Québec).

Ce qui ne va pas de soi car, là encore, chaque succursale, compte tenu de sa localisation, de sa surface commerciale, de la clientèle desservie, etc., a droit à un nombre établi de produits. Et pour en accepter un nouveau, elle doit en éliminer un qu’elle vend déjà.

D’où l’idée que les vins de cette nouvelle catégorie, pour qu’ils aient une chance de survie justement, puissent avoir droit à une distribution qui soit la plus large possible.

Ainsi, les amateurs désireux de boire de bons vins de petits vignerons seraient comblés, ce qui ne nuirait aucunement au fait que la grosse industrie continuerait d’occuper une place prépondérante dans ce marché (dans mon exemple, à peu près 90 % des produits réguliers lui reviendrait, de toute façon; d’autant que, par définition, l’offre de ces petits vignerons n’est pas énorme, donc pas menaçante. ). Et puis, au final, cela n’affecterait que peu les rentrées d’argent du monopole via les budgets de promotion.

Ainsi, l’amateur aurait l’impression qu’au-delà de la statistique qu’il représente et des objectifs de rendement dont il finit toujours par être la victime, que le monopole a à coeur, même à petits prix, de lui offrir de la qualité avec des produits qui sont d’un lieu, qui ont une âme, une signature, bref une authenticité.

On se retrouverait ainsi avec des vins de spécialités, des vins de référencement général, et des vins à bon prix de petits vignerons indépendants.

À vue de nez, comme ça, il me semble que cela ferait un bon ménage à trois.

La modération des prix aurait bien meilleur goût

- 17 mai 2012

D’abord, mettons une chose au clair : je ne suis pas en faveur de la privatisation des vins au Québec. Je suis d’accord avec le principe du monopole des vins et spiritueux.
Bien qu’il pourrait y avoir, selon moi, place à des aménagements avec le privé pour un certain nombre de produits; comme une sorte de Vin Dépôt pour les vins d’importation privée, par exemple.
Cela dit, ça n’empêche pas le fait que la modération des prix aurait bien meilleur goût.

Mettons une autre chose au clair : la comparaison des prix des vins à la SAQ avec le LCBO et ceux payés aux États-Unis que j’ai faite dans mon dernier article, sur ce blogue, était accessoire.

Le but n’était pas de montrer pour une énième fois que les vins sont moins chers en Ontario et aux États-Unis, ce que tout le monde sait de toute façon. Mais plutôt que si les Québécois paient plus cher pour leurs vins au Québec, ce n’est pas tant parce qu’ils sont prêts à payer plus cher, comme l’affirme la SAQ, mais bien, tout simplement parce qu’ils coûtent plus cher et que, de toute façon, on n’a guère le choix puisque des vins à petits prix, il y en a de moins en moins.

D’ailleurs, lorsqu’on fait une analyse un peu plus poussée des prix des vins les plus vendus au Québec, comme vous pourrez le lire dans ma chronique de samedi prochain dans le cahier CASA du Journal de Montréal, on constate que la majorité de ceux-ci sont situés dans une échelle de prix qui va de 8,95 $ à 15,00 $. Justement la catégorie que la SAQ est en train de réduire.

Ce que fait la SAQ, en fait, c’est qu’elle diminue l’offre des vins pas chers pour augmenter celle de ceux qui coûtent plus cher.
Et forcément, quand tu en proposes moins, tu finis par en vendre moins.

Vignerons indépendants

Autre point, non seulement la SAQ en propose de moins en moins de ces vins pas chers, mais en plus ceux qu’elle propose sont dans une très large majorité des vins de grandes cavaleries, comme on dit, c’est-à-dire des vins de grands groupes industriels.

SAQ Tablettes

L'offre des produits sous la barre des 15 $ est de moins en moins grande.

Oubliez les bons petits vins de vignerons indépendants, comme il en existe des milliers sur la Planète Vin, et comme la SAQ pourrait aussi nous en proposer à la douzaine. Ils sont en voie d’être complètement éliminés de l’offre de la SAQ.

Pourquoi ? Parce que la qualité d’un produit n’est pas le principal critère qui va déterminer sa présence ou non au répertoire général de la SAQ.

Le critère qui, en fin de compte, va faire pencher la balance, c’est le budget de promotion qu’on est prêt à mettre sur un vin.

Forcément à ce jeu, les petits vignerons indépendants n’ont aucune chance. D’où, dans cette fourchette de prix, la forte présence de vins de grands groupes viticiloles.

C’est qu’avec les budgets de promotion qui se chiffrent par plusieurs centaines de milliers de dollars, la SAQ empoche aux deux bouts de la chaîne. À la sortie, bien sûr, c’est-à-dire à la vente, compte tenu évidemment de sa marge bénéficiaire, mais aussi à la rentrée d’un produit à son répertoire général, car le gros du budget de promotion va lui aussi dans les coffres de la SAQ (vente de publicités dans ses circulaires ou ses publications comme Tchin-Tchin, vente d’ilots dédiés dans les magasins, etc.).

Mais même à cela, certains petits vignerons indépendants qui seraient d’accord pour consacrer des sommes plus importantes à la promotion de leurs produits se le font refuser, comme le rapporte Marc-André Gagnon sur son site Vin Québec  qui nous parle du cas du vigneron Michel Julien.

Un de ses vins, L’Opéra de Villerambert-Julien (12,95 $) sera bientôt retiré de la liste des produits courants, nous apprend-il, même si ce vin se vend très bien et même s’il a offert de faire encore plus de promotion.

Pourquoi ? Encore une fois, parce que la SAQ élimine en douce des vins moins chers pour les remplacer par des vins plus chers, tout en nous disant du même souffle que les Québécois sont prêts à payer davantage pour leur vin.

Encore une fois, quand l’offre diminue pour une catégorie de vins, les ventes diminuent aussi, inévitablement. Et inévitablement aussi, quand cette offre est remplacée par celle de produits qui, eux, coûtent plus cher, tu finis, malgré toi, par être « d’accord » pour payer tes vins plus cher.

Surveiller la SAQ ?

Que peut-on y faire ? Rien. La SAQ agit à sa guise et n’a de compte à rendre à personne, sauf au gouvernement.
Mais justement, ne serait-ce pas une bonne idée qu’il existe pour la SAQ l’équivalent de la Régie de l’énergie pour Hydro-Québec ?

La Régie de l’énergie se décrit elle-même comme « un organisme de régulation économique dont la mission consiste à assurer la conciliation entre l’intérêt public, la protection des consommateurs et un traitement équitable du transporteur d’électricité et des distributeurs ».

Changez les mots « transporteurs d’électricité » et « distributeurs » par les mots « vignerons » et « agences promotionnelles » et vous avez presque déjà une définition de ce que pourrait être cet organisme dont la mission serait la surveillance des pratiques commerciales de la SAQ.

Quand Hydro-Québec décide d’augmenter ses tarifs ou de modifier ses politiques, elle doit obtenir l’aval de la Régie de l’énergie.

Pourquoi pas l’équivalent, encore une fois, pour la SAQ ? Au moins, les groupes de défense des consommateurs pourraient faire connaître leurs points de vue, comme aussi les agences promotionnelles qui, protégées par la loi, ne craindraient pas les représailles du monopole, comme c’est le cas présentement, plusieurs d’entre elles préférant jouer un profil bas, en cas de divergences de vues, plutôt que de tenir leur bout et de se faire mettre subtilement sur une voie d’évitement dans le futur.

D’accord, l’électricité est un service essentiel. Mais dans un monde où la qualité de vie est aussi au coeur des préoccupations de nos sociétés, le vin est devenu un produit de civilisation incontournable, pour ne pas dire essentiel.

En attendant qu’un tel organisme voit le jour (on peut toujours rêver… ! ), on peut espérer que le fédéral passe enfin ce fameux projet de loi privé C-111 qui permettrait, en toute légalité, d’acheter du vin n’importe où au Canada pour sa consommation personnelle.
Ce serait déjà le début de l’ombre d’un peu de concurrence pour la SAQ.

Encore le prix des vins à la SAQ

- 10 mai 2012

J’avoue avoir quand même tiqué un peu quand j’ai lu que : « Les Québécois consomment de plus en plus des vins qualitatifs et de moins en moins de vins entre 9 $ et 12 $. Ils poussent de plus en plus la barre de 20 $, même en semaine », disait la SAQ.

La société d’État réagissait au reportage du collègue Jean-Luc Lavallée qui, dans l’édition du Journal de Montréal de dimanche dernier, révélait que le vin californien Ménage à Trois (18,95 $) était en première position des vins les plus vendus à la SAQ au cours de la dernière année.

Vrai qu’on paie de plus en plus cher pour acheter du vin. Mais ce n’est pas parce qu’on a le choix, c’est parce que les prix des vins à la SAQ augmentent sans cesse.
Pour la seule année 2011-2012, ceux-ci ont augmenté en moyenne de 3,06 %. Si on cumule les augmentations successives depuis 2007, on constate qu’ils ont progressé de 8,15 % en cinq ans.

D’ailleurs le Ménage à Trois, que je ne considère pas personnellement comme un « vin qualitatif » et qui est vendu 18,95 $ à la SAQ, coûte 17,95 $ en Ontario. Aux États-Unis, on le trouve généralement autour de 14 $, et souvent en spécial à moins de 10 $.
Et puis, le deuxième vin le plus vendu à la SAQ est le Merlot Grand Sud à 11,25 $. Suivi du Brouilly de Duboeuf il est vrai à 18,95 $ (mais à 16,95 en Ontario), puis du White Zinfandel de Gallo à 11,25 $ (8,95 $ en Ontario et régulièrement autour de 5 $ aux États-Unis).

Autrement dit, si le consommateur québécois pouvait faire ses achats en Ontario ou aux États-Unis, on constaterait vite que s’il paie plus cher pour ses vins, ce n’est pas parce qu’il est prêt à payer davantage, mais bien plutôt parce qu’ils sont tout simplement plus chers ici.

Si on ajoute à cela que les autres vins du Top 10 sont l’Apothic Red (16,25$), le Modello Masi (13,95$), et le Sauvignon Kim Crawford ( 20,05$), je ne vois pas personnellement de tendance lourde à payer plus cher pour avoir des vins plus qualitatifs (bien que, on s’entend, ce soit là des achats tout à fait respectables).

Maintenant, pour ce qui est des vins entre 9 $ et 12 $, s’il est vrai que les consommateurs en achètent moins, c’est tout simplement qu’il y en a de moins en moins à la SAQ. La SAQ qui, de toute façon, si on se fie à ce que certains agents promotionnels nous racontent, essaie de limiter plus ou moins explicitement l’introduction de produits dans cette gamme de prix.

Je remarque, par ailleurs, en tout cas c’est mon impression, que sur les opérations de vente ponctuelles de la SAQ, comme dans celle du dernier Courrier Vinicole avec les vins australiens, ou même sur les vins de la section Nouvel Arrivage du magazine Cellier, l’écart entre la qualité et les prix demandés se creuse de plus en plus fréquemment.

Difficile à justifier?

Cellier

Le magazine Cellier de l'été

J’ai déjà commenté sur ce blogue le rapport qualité-prix des vins australiens, mais en ce qui concerne les vins du Nouvel Arrivage de Cellier (le premier lot a été mis en vente aujourd’hui même), les bons rapports qualité-prix ne sont pas légion non plus (j’en ferai bientôt une sélection, d’ailleurs).

Il y a là des rosés vendus autour de 25 $ dont le prix me semble difficilement justifiable, en regard de la qualité, toujours.
Et puis, j’avoue avoir beaucoup de difficultés à comprendre qu’un petit chardonnay argentin comme on en trouve dans ce Nouvel Arrivage, qui est un vin correct mais sans plus, se vende aussi cher que, disons, le Bourgogne Chardonnay Jurassique de Jean-Marc Brocard ?

Surtout quand on sait que le prix d’un hectare de vigne en Bourgogne est d’environ 150,000 $, soit, grosso modo, dix fois le prix d’un hectare de vignes à Mendoza.
Sans parler du salaire minimum en France qui est de 12 $, soit plus de 4 fois le salaire minimum en Argentine.
Je reprends ma question : comment se justifie un tel prix ?

Et j’aurais pu ici vous tenir un discours semblable, toujours à propos des vins du Nouvel Arrivage de Cellier, sur des pinots noirs chiliens de Patagonie à 58 $ et 99,50 $, un Carmenère à 119 $ (un peu « bretté » en plus, quant à moi), et quelques autres chiliens à  111,00 $ et à 163,25 $ ? On prend les amateurs pour des débiles, ou quoi ?

Quand je pense que Denis Dubourdieu disait que faire un grand vin à Bordeaux (je répète, à Bordeaux, pas en Patagonie, et un grand vin je précise) coûtait 5 euros ! Bon, c’était il y a quelques années et peut-être était-il un peu chiche.

Mais l’École nationale des ingénieurs des travaux agricoles de France, dans un livre intitulé Références Vigne (Édition Lavoisier), a poussé l’exercice plus loin en établissant dans le détail les coûts de production de quatre crus de France.
Rapidement, le Dom Pérignon 2000 revenait à entre 17 et 22 euros ; Pétrus 2005 coûtait 30 euros et le Musigny Grand Cru 2006 de Georges Roumier 30 euros également.
Et on nous arrive avec un carmenère from nowhere du Chili à 119 $ ?

Cou’donc, est-on en train de nous refaire le coup des « prix départ-chai » gonflés ? On jase là. Peut-être faudrait-il remettre un homme là-dessus ? En flashback, je me suis revu en Uruguay, lors de ce voyage de presse effectué il y a quelques années et qui devait aboutir à ce fameux scandale des prix que la SAQ avait essayé de trafiquer à la hausse.

Les vignerons que l’on rencontrait sur place ne comprenaient pas pourquoi des acheteurs de la SAQ leur demandaient de vendre leurs vins plus cher, alors que partout, dans le monde, les marchés leur demandaient de les baisser.

La SAQ nous assure maintenant qu’elle essaie toujours d’avoir le meilleur prix possible, mais on a l’impression que ce n’est pas le consommateur qui en profite, bien au contraire, mais la SAQ elle-même.

Moi, ce qui me déprime là-dedans, c’est qu’on s’attendrait normalement à ce que la SAQ, en tant que société d’État exerçant un monopole, agisse plutôt en bon père de famille avec les consommateurs de vin que nous sommes. Qu’elle essaie à tout le moins de nous en donner pour notre argent, non pas de nous faire les poches. L’impression que j’en ai, mais je ne sais pas ce que vous en pensez, c’est qu’au contraire, la SAQ essaie toujours de nous en passer une petite vite.

Je comprends, on comprend tous qu’année après année, le gouvernement en demande toujours plus à la SAQ. On lui fixe des objectifs de rendement tellement élevés que la SAQ, dirait-on, ne sait plus à quel saint se vouer pour les atteindre.

Ce scandale des prix à la hausse, qui est arrivé il y a quelques années, n’est peut-être pas étranger à la soif de plus en plus grande de notre bon gouvernement, soif que la SAQ essaie comme elle peut d’étancher. L’affaire Suckling, à côté de ça, n’est qu’une petite éclaboussure, bien sûr, mais elle s’inscrit tout de même dans cette logique de pousser la vente toujours plus loin. Même si, en même temps, on nous dit que la modération a bien meilleur goût.

Et vous voulez mon avis ? Je vous le donne quand même : on verra encore sans doute, dans l’avenir, d’autres dérives de la part de la SAQ. Précisément parce qu’elle essaie par tous les moyens d’atteindre des objectifs qui ne sont peut-être pas toujours raisonnables. Après tout, il y a une limite à ce qu’une vache peut donner comme lait.

À moins qu’à la lueur d’un éventuel prochain conflit étudiant, ceux-ci en profitent pour réclamer aussi le gel du prix des vins. C’tune blague, là.

Vignoble Argentin (1)

Le vignoble de Mendoza, au pied des Andes