Bordeaux 2010, un millésime exceptionnel.

- 30 janvier 2013

Avec tout le tapage médiatique autour de 2009 comme un des millésimes les plus extraordinaires depuis 100 ans, on imaginait mal comment 2010 allait pouvoir être aussi bon. Or, au-delà du talent commercial incomparable des Bordelais qui leur permet de sortir un millésime du siècle tous les trois ans, il faut admettre que mère Nature a de nouveau choyé la région. Après plusieurs lectures ponctuées de rencontres, mais surtout après cette grande dégustation de samedi dernier où l’on pouvait déguster plus d’une centaine de vins des producteurs de l’Union des grands crus de Bordeaux, le constat est évident : 2010 est un millésime formidable!

 

Didier Cuvelier, régisseur du Château Léoville-Poyferré à Saint-Julien, est probablement celui qui résume le mieux: « C’est une année solaire froide alors que 2009 est une année solaire chaude. On trouve beaucoup de similitudes entre les deux, notamment cette densité hors du commun. 2010 affiche cependant un supplément de précision qu’on pourrait comparer avec 2005, la charge tannique en moins, l’électricité et l’énergie en plus. De mémoire, c’est le plus grand millésime que j’ai rencontré. Vos petits enfants pourront en boire! »

 

Vous voilà prévenu!

 

Cela dit, cette qualité « jamais rencontrée », ça se paye! La demande asiatique a dopé la demande et propulsé les prix vers des niveaux stratosphériques. C’est probablement le plus gros problème de ce millésime. Les amateurs qui achetaient année après année certains crus se sont d’abord cassé les dents sur les prix complètement fous des 2009. La hausse sur 2010 semble en avoir freiné, pour ne pas dire découragé plus d’un, moi le premier! En voyant aujourd’hui que l’opération « Bordeaux primeur » est toujours en cours (vous pouvez consulter l’offre ici – il suffit de vous enregistrer) et côtoie celle de 2011, je me demande à quel point le marché québécois a les reins assez solides pour suivre cette cadence infernale?

 

Enfin, si vous avez les proches profondes (ou que vous pouvez renégocier votre hypothèque), je vous encourage à faire provision de grands crus 2010. Pour les autres, souvenez-vous de l’adage « dans les grands millésimes, on achète les petits vins » et surveillez l’arrivée au cours des prochains mois des Crus Bourgeois et autres bordelais à prix plus sages.

 

Dans l’intervalle, voici en rafale, mes commentaires sur les vins m’ayant le plus impressionné.

 

Les notes sont sur 20 points.

 

 

Saint-Julien

Langoa-Barton

Château Beychevelle (125$)

Cassis grillé, grain fin malgré une matière généreuse. 16,5-17

 

Château Branaire-Ducru (115$)

Souple et fin avec une grande pureté minérale, notamment en finale. 17,5-18

 

Château Gruaud-Larose (109$)

Élevage plus senti, cacao, délicat avec des tanins granuleux pour l’heure (le bois?), expansif, finale longue et racée. Probablement la plus belle réussite depuis le 1982. 17,5-18,5

 

Château Lagrange (99$)

Moins profond, plus puissant qu’à l’accoutumé. Ensemble de tenue exemplaire. 16,5-17,5

 

Château Langoa Barton (105$)

Mouture plus nerveuse, tout en finesse avec des tanins sentis qui donnent un petit quelque chose de viril. Grande pureté. Un de mes coups de cœur avec un prix « abordable ». 17,5-18,5

Léoville-Barton

Château Léoville Barton (165$)

Plus dense que Langoa  et avec un supplément de précision. Finale minérale d’un grand éclat. 18-19

 

Château Léoville Poyferré (195$)

Riche, masculin tout en état précis. Ensemble faisant penser à un vin californien. On sent l’influence de Michel Rolland et on comprend pourquoi Parker cote fort. Ça reste de haut niveau. 18-19

 

 

Margaux

 

Château Giscours (109$)

Soyeux, riche avec un côté nerveux et une finale expansive/racée. 17-18

 

Château du Tertre (n.d.)

Généreux sans être opulent avec un aspect épicé apporté par le cabernet-franc. 16,5-17,5

 

Château Lascombes (169$)

Matière serrée, grain fin, plus de pureté et moins de bois qu’à l’habitude. Ensemble qui semble renfermé sur lui-même. 17-18 ?

 

Château Rauzan-Ségla (n.d.)

Royal et savoureux. Onctueux et énergique. La grande classe. 18,5-19,5

 

 

Pauillac

Pichon-Baron

Château Grand-Puy Lacoste (135$)

Mâche solide, tanins de qualité, dense et savoureux. Bel avenir. 17-18

 

Château Clerc Milon (115$)

Salin et viril, granuleux avec beaucoup de précision. 17-17,5

Lynch-Bages

Château Lynch Bages (230$)

Trame solide, ensemble fâché qui jase peu. Manque d’éclat pour le cru. 16-17?

 

Château Pichon-Longueville Baron (295$)

Grande définition. Aspect fumé, mine de crayon. Bouche lisse et tannique culminant sur une longue finale vaporeuse. Grand vin. 18-19

 

Château Pichon Longueville Comtesse de Lalande (300$)

Encore plus de raffinement. Charme fou, élégance princière, finale enlevante. Pour moi, le meilleur vin de cette dégustation. 19-20

 

Saint-Estèphe

 

Château Lafon-Rochet (n.d.)

Des trois vins présentés de la commune, c’est de loin de le meilleur. Enrobé, bien construit avec une finale qui a de l’aile. 16,5-17

 

 

Pessac-Léognan

Chevalier

Château Haut Bailly (210$)

Plus intellectuel et droit que le grandiose 2009. Il demeure de haut niveau avec sa trame soyeuse et ses notes finement fumées. 17,5-18

 

Château Malartic-Lagravière rouge (85$)

Nez pur et frais malgré un boisé senti. De bonne densité. 16,5-17

 

Château Malartic-Lagravière blanc (110$)

Gras et exotique, on aimerait un poil plus d’énergie. 17-17,5

 

Château Pape Clément rouge (225$)

Texture soyeuse d’un grand raffinement, ensemble énergique et droit, longue finale expansive. 18-19

Pape-Clément

Château Pape Clément blanc (229$)

Doré comme un sauternes! Tendre, fin, opulent tout en montrant une retenue remarquable. Finale explosive et légèrement saline. Superbe! 18-19

 

Domaine de Chevalier rouge (115$)

Très fin, soyeux, presque bourguignon. Moins dur que le Haut-Bailly auquel je trouve souvent une ressemblance, bien que moins profond. 16,5-17,5

 

Domaine de Chevalier blanc (145$)

Précis, frais, gras tout en gardant une acidité fine. Il paraît moins travaillé que Pape-Clément, ce qui laisse toute la place au terroir. Prix encore « décent » eu égard à la qualité. Grande réussite. 18-19

 

 

Pomerol

 

Château Clinet (195$)

Opulent et fin à la fois. Grande pureté et beaucoup de raffinement en finale avec aspect ferrugineux typique. 18-18,5

 

Château La Conseillante (349$)

Plus détaillé avec un supplément de profondeur. Dense et nerveux. Finale éclatante et majestueuse. Wow! 18,5-19

 

Château Gazin (115$)

Gras, impression sirupeuse, acidité basse, longueur moyenne. Déception. 15-16

 

 

Saint-Émilion

Canon Gaffelière

Château Canon La Gaffelière (139$)

Dense, profond, pur, il montre beaucoup d’éclat. Gourmandise irrésistible! 17,5-18,5

 

Château Pavie Macquin (185$)

Grande définition, puissant avec une retenue majestueuse. Boisé appuyé pour le moment, mais donnera une grande bouteille. 17,5-18,5

 

Château Troplong Mondot (229$)

Un colosse avec ses 16% d’alcool! Cacaoté, on perçoit un équilibre remarquable entre la fraîcheur et la puissance qui se voit adoucie par la matière riche et veloutée. Pour amateur de sensations fortes! 17-18

 

 

Sauternes-Barsac

fargues

Château Climens (175$)

Fin et mielleux avec une liqueur d’une pureté singulière. Longue finale énergique et hautement expressive. 18-18,5

 

Château de Fargues (189$)

Plus botrytisé, nuance superlative, ensemble exubérant. Finale onctueuse et kilométrique. 18-19

 

Château La Tour Blanche (89$)

Opulent tout en conservant une grande vivacité. Longue finale aux accents floraux. Finale plus grasse donnant un côté décadent à l’ensemble. 17,5-18

 

Château Coutet (n.d.)

Grande liqueur, notes de craie et de miel. Tout en dentelle avec une finale somptueuse. 17,5-18,5

 

 

 

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1 commentaire

  1. Roch Beauparlant dit :

    Intouchable. Je ne peux qu’en rêver pour l’instant.

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