Gamay : rencontre du troisième type

- 5 juin 2014

Je ne pensais jamais dépenser un jour 35 $ pour une bouteille de beaujolais. Je l’ai fait. Et même deux fois plutôt qu’une.
Pour tout dire, ce Morgon Cuvée Corcelette 2012 de Jean Foillard (35,75 $ Code 12201643) m’a amené à un niveau de plaisir et d’émotion que je ne croyais jamais atteindre avec du gamay.

Une sorte de rencontre du troisième type, quoi. Non pas que je «snobais» le gamay. Non pas que je croyais qu’un beaujolais ne pouvait pas valoir ce prix-là. Quoiqu’un peu, tout de même.
Mais c’est simplement que je n’avais jamais eu la chance d’en goûter un qui le valait.
Mais voilà, c’est fait. Ce morgon vaut les dollars qu’on en demande.

Redécouverte

MorgonFoillard

Il faut dire que depuis quelques années, j’ai redécouvert le gamay. Et, ce faisant, le beaujolais évidemment.

Encore que ce soit chez Henry Marionnet, en Touraine, que j’ai eu ma première vraie émotion en goûtant du gamay ; certains de ses vieux gamays sans souffre «pinotaient» incroyablement. Ça sentait et ça goûtait le pinot noir, quoi.

En beaujolais, j’ai commencé à y voir clair avec les vins de Jean-Paul Brun, puis de Pascal Aufranc, de Pierre-Marie Chermette et de quelques autres.

Marcel Lapierre

Sans oublier, évidemment, les morgons de Marcel Lapierre (un ami complice de Jean Foillard, en passant) que fait maintenant son fils Mathieu.
Justement, Mathieu Lapierre était à Montréal, récemment, et on a goûté toute une série de morgons en parallèle, soit la cuvée avec soufre et la cuvée sans soufre.

Franchement, tout dépendant du millésime, j’ai aimé l’une et l’autre. Par exemple, avec le 2013 qui arrivera dans quelques mois à la SAQ, j’ai préféré la cuvée avec soufre. L’attitude de Mathieu  m’a beaucoup plu également. Pas de dogme, pas de religion : «Le soufre n’est pas un ennemi. J’aime bien travailler avec les deux cuvées».

Ce que j’ai retenu de ses vins c’est l’élégance, la pureté du fruit, la netteté de l’ensemble. Là aussi certains vins «pinotaient».

Jean Foillard

Par contre, la Cuvée Corcelette 2012 de Jean Foillard, c’est encore autre chose.
Le vin ne «pinotait pas» ; je crois tout bonnement qu’il «morgonnait», même si, en toute honnêteté, je n’ai jamais goûté un morgon qui «morgonnait» et que, donc, je ne sais pas vraiment ce que ça veut dire.

Mais si «morgonner» veut dire qu’un morgon atteint un tel niveau de plénitude, de subtilité, de détails, de franchise, s’il atteint cette espèce de «légèreté de l’être», en même temps que cette intensité de présence que j’ai trouvé dans cette cuvée, je sais désormais ce que ça signifie.

Encore que l’on raconte qu’un morgon qui «morgonne», ça veut dire que le vin commence à prendre, après quelques années, les arômes du granit ou du schiste qui compose essentiellement le sous-sol de Morgon.

Au naturel

Jean Foillard est une figure d’autorité dans le Beaujolais. Il y fait du vin depuis 1981 et a toujours privilégié l’expression du terroir, tout en travaillant de façon la plus naturelle possible. Il met peu ou pas de soufre dans ses vins. Celui-ci en contenait sûrement un peu.

Mais au premier nez, j’ai plutôt eu ces petits picotements que cause l’acidité volatile. «Tiens, un vin naturel», que je me suis dit, dubitatif, pas du tout convaincu de trouver mon compte avec cette bouteille.
Je l’ai passé en carafe et l’y ai laissé s’y reposer pendant une bonne heure avant de reverser le contenu dans la bouteille (c’est d’ailleurs ce que je vous conseille fortement de faire s’il vous vient l’envie d’en boire une bouteille).

Et je l’ai regoûté. Wow ! Quel fruit tendre, quelle soyeux de texture, et ces fines saveurs de fraises et ces arômes de violette qui venait parfumer le palais en final. Et l’émotion qui me gagnait !
Le vin ne «pinotait» pas. Mieux encore, il m’a fait voir une facette du gamay que je ne connaissais pas et que le terroir particulier du coteau de «Corcelette» a permis d’exprimer.

Je ne savais pas que le gamay pouvait monter si haut et, comme le disait mon oncle Gérard, une fois de plus, le soir, je me suis couché moins niaiseux.

Merci Jean Foillard.

  • √ Morgon Cuvée Corcelette 2012, Jean Foillard, 12%, France Prix 35,75 $ Code 12201643 ***1/2 ( 16/20)

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4 commentaires

  1. Ginette dit :

    WoW! Grand bien vous fasse d’avoir bu un bon vin. Vous allez faire des envieux. Depuis le budget des corrompus, les Québécois vont payer plus cher pour le précieux liquide. Dommage les pauvres con..tribuables vont sans doute s’en priver.

  2. stephane dit :

    Le gamay est probablement le cépage qui bénificie le plus de la vérification dite nature ou encore non industriel. Depuis que j’ai découvert les vins nature après un séjour a Paris, le gammay est devenu un de mes cépages préféré.

  3. ManuKey dit :

    Que c’est bon, un Gamay bien fait ! Par contre, j’aurais préféré qu’il soit autour de 30$, mais je viens de voir que son Morgon de base est rendu à 27.30$ à la SAQ donc… Meeeerci qui ? ……

    J’ajouterais Dominique Piron, Laurent Matray, Jean-Marc Burgaud, Daniel Bouland, Yvon Métras, et Louis Claude Desvignes à la liste des bons producteurs du Beaujolais mentionnés dans cet article !!!

  4. Claude Langlois dit :

    À ManuKey: malheureusement, son Morgon régulier 2012 à 27,30 $ est épuisé à la SAQ.

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