Un peu de folie entre amis!

- 16 novembre 2013

Le monde du vin est fascinant. Les rencontres qu’il provoque sont le plus souvent inspirantes et empreintes d’un bonheur hédoniste.

Le vin m’a lié d’amitié avec un nombre impressionnant de personnes plus intéressantes, plus stimulantes et plus généreuses les unes que les autres. Cet esprit de partage animé de passion a souvent donné naissance aux plus belles dégustations auxquelles j’ai pu prendre part. C’était le cas d’une récente rencontre organisée par JFL, un vieux pote de dégustation.

Il a rassemblé à la table d’un des meilleurs restaurants de la ville huit passionnés se connaissant assez bien, mais qui se parlent trop peu souvent. Thème de la soirée : Champagne et Bourgogne.

Les vins réunis font bien sûr rêver. On parle ici de grand vin, pour ne pas dire de très grand vin, comme l’évoque si bien mon collègue Jean Aubry, dans Le Devoir de cette semaine.

Or, comme dans tout rêve, le retour à la réalité est parfois brutal. Je ne vous cacherai pas qu’il est difficile de revenir à un vin plus terre-à-terre. Et je ne parle même pas ici de vins de tous les jours. À preuve, ce Meursault premier cru Les Poruzots 2010 de Deux Montille Sœur Frère bu le lendemain et qui, malgré ses qualités et son charme indéniables, n’avait rien de la profondeur et la complexité des blancs ouverts lors de cette dégustation.

Il faut de la passion, la quête de comprendre et de questionner les méthodes de travail d’aujourd’hui pour continuer à déguster les vins de tous les jours et, surtout, en rendre compte à vous, amis lecteurs. C’est une mission, un devoir que j’adore!

Allez, assez de flafla! Voici mes impressions sur les vins selon l’ordre de dégustation. Tous les vins ont été dégustés à bouteille découverte. J’espère que vous allez y trouver un peu de rêve!

 

Trio de champagnes

Perrier-Jouët Belle Époque 2004

Bien expressif. Iode, torréfaction, pêche blanche. Bulles fines et vivantes. Trame droite et délicate. Ensemble plutôt compact puis devenant expansive en finale. Le vin a du fond. Un caractère festif conservant une élégance princière. Dommage que le prix ai grimpé autant, c’était une « bonne affaire » dans le monde du champagne haut de gamme.

17,5/20

 

Taittinger Comtes de Champagne Blanc de Blancs Brut 2002

Nez plus racé et suggérant une affriolante gourmandise. On a le goût de manger le vin! Fruits de la passion, fine impression minérale apportée par des tonalités de craie et de cailloux chauds. Dense et vineux, avec une effervescence très fine qui semble, par magie, donner un aspect aérien à l’ensemble. Longue finale aromatique et structurelle sur des notes de fleur blanche, d’amande sucrée et de lavande. Superbe bouteille, tout en fraîcheur et montrant un potentiel indéniable. À ce prix, on attend un 10% (nombreux en les temps qui courent) à la SAQ et on en fait le champagne d’une grande occasion!

18/20

 

Dom Pérignon Oenothèque 1969

De la série oenothèque, le vin a séjourné dans les caves du producteur jusqu’à son dégorgement, en 2006. Évidemment, les attentes étaient élevées. Et le vin a livré la marchandise. Tout simplement exquis! Un nez d’une fraîcheur renversante. Pas un brin de rancio ou de volatile. Rien qui peut suggérer l’ombre d’un début d’oxydation. Je m’attendais à de la truffe. Eh bien non! Des parfums entêtés de cacao et de chocolat blanc qui dominent. À l’évolution : confiserie, miel de châtaigne et orange confite. Bouche majestueuse, sensuelle, dense et fondante à la fois. Finale superlative caressant tous les sens. Un vin hors classe, un vin d’émotions.

19/20

Champagnes

Deux blancs royaux

Bouchard Père & Fils Chevalier-Montrachet Grand Cru 2010

Le passage après le DomPé 69 s’est fait sans « flottement », pour reprendre l’expression du sommelier Benoît Lajeunesse. Chevalier est considéré par plusieurs comme le meilleur grand cru satellitaire au mythique Montrachet, en raison notamment de sa précision. Nez d’abord timide devenant gourmand, puis explosif et d’une minutie époustouflante : citron vert, poivre blanc, poire, meringue, iode, genêt, craie. Bouche complexe, on l’impression d’un cylindre dense et structuré laissant paraître avec panache et finesse son gras de bébé. Magnifique finale serrée et saline. Beaucoup d’avenir.

18,5-19/20

 

Domaine Étienne Sauzet Montrachet Grand Cru 2007

Un grand producteur sur la plus grande parcelle de blanc au monde. Que demander de plus?! Je n’ai pas la chance de goûter du Montrachet souvent, mais à chaque fois c’est la même chose : une impression de mystère devant autant de complexité, de densité et de profondeur. C’est comme avoir dans son verre le poids d’une montagne et la légèreté d’une plume. Ce 2007 donne une impression riche et sensuelle, presque charnelle. Un bouquet d’une grande complexité qui n’a cessé de se magnifier. Le vin transcende et appelle au recueillement. Une expérience toujours hors-norme.

19/20

Blancs

Les pinots

Domaine Leroy Vosne-Romanée 2004

Année de grande tristesse. Lalou Bize-Leroy perd non seulement son mari cette année-là, mais la qualité de la récolte est jugée insuffisante et les récoltes sont minuscules. Lalou a choisi de tout déclasser et d’assembler les vins des deux grands crus que sont Romanée-St-Vivant et Richebourg, ainsi que les premiers crus Les Beaux Monts, Aux Brûlées et Genevrières dans une seule cuvée « super village ». Une robe déconcertante de limpidité, souvent la signature Leroy. À vrai dire, on a l’impression que le vin n’a tout simplement pas de robe! Nez presque fou, singulier, intense et d’une grande pureté. Légèrement végétal, puis devenant floral. Grande droiture en bouche. Beaucoup d’acidité. Superbement tendu avec un gras tendre et enveloppant. Magnifique finale aromatique. Un ovni qui vient confirmer la place au sommet de ce domaine sur la planète Bourgogne.

18/20

 

Domaine Comte Liger-Belair Vosnes-Romanée Aux Reignots Premier Cru 2005

La parcelle Aux Reignots se veut la continuité vers le haut de la pente de La Romanée, le plus petit des grands crus de Bourgogne avec ses 0,84 hectares. Il donne l’un des meilleurs premiers crus de Vosne-Romanée. La bouteille ouverte était malheureusement défectueuse avec un vin terne et sans l’éclat habituel du cru. Une bouteille dégustée il y deux ans était proprement fabuleuse. Triste.

Non noté.

Vosne Leroy

Domaine Lucie et Auguste Lignier Clos de la Roche Grand Cru 2005

Le Clos de la Roche tient son nom du sol très rocheux sur lequel évoluent les vignes. Il donne des vins caillouteux, d’expliquer Patrick Essa. Issu d’un grand millésime, on pourrait qualifier l’ouverture de cette bouteille comme un infanticide! Un nez d’abord timide sur des notes très pures de fruits noirs, d’anis et de fumée évoluant sur un registre toujours plus expressif. Bouche plutôt stricte et tendue montrant beaucoup de profondeur. Évolution superbe dans le verre avec l’impression que le vin gagne en volume et en gras. Finale d’une étonnante vivacité, fraîche, structurée et d’une superbe allonge. Il ira loin!

18-19/20

 

Domaine d’Eugénie Grands Échezeaux Grand Cru 2008

Mesurant un peu plus de 9 hectares, cette petite parcelle donne un des grands crus les plus délicats de Vosne-Romanée. On le compare souvent à Musigny pour son caractère floral de jeunesse. C’est indéniablement le cas ici avec des beaucoup d’intensité au nez sur des tonalités fines de fleur séchée, de cerise noire, d’encens et de fraise d’automne. Ample et soyeux en attaque puis devenant serrée juste avec de regagner en volume en finale sur des notes d’orange confite et de fumée. Un peu sur lui-même pour l’heure, il affiche lui aussi un potentiel indéniable.

18-18,5/20

Eugénie et CdlRoche

Domaine de la Romanée-Conti La Tâche Grand Cru 2004

Domaine mythique qui fait rêver tous les amateurs. Dans la « hiérarchie », c’est celui qui vient tout juste après ce qui est considéré comme le plus grand vin du monde, la Romanée-Conti. D’ailleurs, il n’est pas rare de lire que La Tâche est presque aussi bon que cette fameuse DRC. Elle se distingue habituellement par son caractère plus masculin tout en montrant autant de profondeur. On a longtemps tergiversé à savoir si le vin était bouchonné. Un peu comme Aux Reignots, le vin montrait peu d’éclat, une bouche stricte, courte et asséchante. Chose certaine, c’était une mauvaise bouteille, au grand désarroi de tous! En principe, ça aurait dû être un des vins de la soirée. À nouveau, il n’y a pas de grand vin, que de grande bouteille!

Non noté

 

Domaine de la Romanée-Conti Romanée-Saint-Vivant Grand Cru 2003

RSV, comme on l’appelle, donne habituellement des vins délicats se rapprochant en style de Grands Échezeaux. Le cru ne cesse de gagner en définition et se rapproche depuis les derniers millésimes de son grand frère qu’est la Romanée Conti. Ce n’est pas peu dire! Hélas, cette bouteille semblait dominée par le caractère solaire du millésime. Un nez de bonne intensité, mais qui pinote peu, sur la confiture de cassis, la fraise chaude et la prune. Bouche veloutée montrant une acidité basse et donnant une impression de rondeur avec un poil de lourdeur. Finale de bonne facture, mais qui s’estompe un peu trop vite en regard du cru. Rien à voir avec le côté habituellement majestueux du cru. Mauvaise bouteille ou effet millésime? C’était, par ailleurs, la première fois de ma vie que je tombais sur deux expériences malheureuses avec les vins de la DRC. Immensément triste!

17/20

 

Domaine Leroy Clos de la Roche Grand Cru 2001

Après tant de tristesse, place à la magie! Un nez magnifique, opulent et d’une précision à couper le souffle. Cacao, encens, bois de santal, fleurs sauvages, ronce, cerise noire, poivre de Jamaïque. Pour tout dire, c’était tout simplement hypnotisant! Bouche haute couture, sensuelle et énergique. Rare profondeur et effet queue de paon en finale avec une myriade de flaveurs. Un fruit encore croquant, d’une insolente jeunesse avec des épices chaudes et de cailloux chauds. Un bonheur qu’on voudrait éternel dans son verre. On dit que la perfection n’existe pas. Qu’on peut toujours trouver ou faire mieux. Sauf que ce soir-là, dans mon verre, j’aurais pu difficilement trouver plus parfait à boire. Un vin inspirant qui force le recueillement et donne l’impression que le temps s’est arrêté. On se dit alors que la vie peut parfois être merveilleusement belle.

19,5/20

Clos de la Roche Leroy

 

Le rince-bouche

Bollinger La Grande Année Brut 2004

Rien de mieux pour terminer la soirée que de se rincer le gosier au champagne. Caractère festif et salin avec jolie touche briochée à l’Anglaise. Bulles fines, impression vineuse, devenant expansif et laissant une assez longue finale sur les amers. Moins « crémeux » que le superbe 2002, il n’en demeure pas moins racé et demeure une référence incontournable. Prix justifié.

17,5-18/20

Bollinger GA 2004

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1 commentaire

  1. Martin Gauthier dit :

    Très beau papier. Merci de nous faire découvrir ces merveilleux vins derrière ta si belle plume. – MG

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