Le Québec n’a pas besoin d’un ministre du numérique

- 30 septembre 2012

Pourquoi un ministre du numérique? Avons-nous besoin d’une nouvelle structure alors que la norme actuelle dans les administrations publiques, vu l’état des finances, est de plutôt faire dans l’efficacité?

C’est la première question qui m’est venue à l’esprit lorsque j’ai lu dans la Presse ce souhait de plusieurs entrepreneurs et consultants, à savoir que madame Marois nomme dans son gouvernement, un ministre du numérique.

Nul ne peut nier que nous avons basculé d’une société post-industrielle à celle du savoir et de l’information. Le numérique est présent partout dans nos vies et ce changement a des impacts énormes dans toutes les sphères de notre société. Culture, travail, santé, gouvernance, le numérique bouleverse tout, notre économie et notre mode de vie. Et le gouvernement se doit de jouer un rôle de locomotive afin de faciliter ce passage au numérique.

Or, ce serait se «cacher la tête dans l’autruche» que d’affirmer que le Québec a réussi son passage au numérique. Depuis 1995, on ne compte plus le nombre de rapports qui ont indiqué au gouvernement la voie (numérique) à suivre et qui sont aujourd’hui tablettés. De Parizeau à Charest, aucun gouvernement n’a manifesté de véritable volonté de prendre le train du numérique, avec les retards que l’on connait aujourd’hui.

Mais de là à vouloir créer une nouvelle structure? Politique de surcroit ?

Et si on éliminait une partie du facteur politique justement en nommant non pas un ministre du numérique, mais plutôt un Dirigeant principal de l’information (DPI) qui, tout comme le Vérificateur général ou le Protecteur du citoyen, relèverait du Parlement et non pas d’un ministre ou même, du Premier ministre.

Contrairement à un ministre du numérique qui ne bénéficierait que d’un poids politique marginal, le Dirigeant principal de l’information aurait tous les pouvoirs pour intervenir dans l’ensemble des ministères afin d’imposer une ligne directrice qui serait celle du bien commun et de l’intérêt de l’État. Contrairement à un «politique», il profiterait donc de la neutralité, de l’indépendance et de l’impartialité nécessaires pour assumer sa fonction.

Ainsi, un Dirigeant principal de l’information aurait toute la latitude qu’il faut pour imposer (ou non) le logiciel libre en regard du bien commun et des l’intérêt des citoyens. De même, il serait celui qui édicterait les bonnes pratiques quand à la divulgation des données des différents ministères en un format ouvert.  Bref, le DPI serait celui qui élaborerait sans influence extérieure aucune, les politiques en matière de gestion de l’information et qui ferait du gouvernement, un modèle à suivre.

Évidemment, le politique a sa place. Dans leur lettre-mandat, un (ou une) Premier ministre signifierait à ses nouveaux ministres qu’ils se doivent d’être des agents de changement et que le numérique est dorénavant une priorité de ce gouvernement. Culture, travail, santé, économie, gouvernance, un gouvernement  dit «numérique» aurait toute la latitude possible faire basculer une fois pour toute la société civile dans la société de l’information, sans oublier personne toutefois.

En redonnant au politique la place qui est sienne, et au DPI celle de gérer le passage au numérique de l’État sans influence aucune, voilà aussi qui contribuerait à éviter la formation d’une future commission Charbonneau 2.0.

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10 commentaires

  1. Yvan dit :

    Intéressant d’aborder le sujet M. Dumais. Et je dirais que M. Marois utilise le terme *numérique* pour rien.

    Un ministre du numérique? Mais non. Elle avait parlé de rappatrier le domaine des communications pour le Québec. Pourquoi pas dire, ministre ”Big Brother” un coup parti ? Je ne ris pas. Important toutes les communications.
    Un département des serv. secrets aussi. Important (!). (Tout pays qui se respecte en possède un!).

    Plutôt faire dans l’efficacité comme vous mentionnez à la fin de votre dernière phrase. À ce compte là, tant qu’à créer un nouveau ministère, pourquoi pas celui-ci: De l’anti-corruption, anti-collusion, anti-blanchiment d’argent, anti-ganstérisme (anti-terro..), anti-gangs de rue, anti-drogue, anti-fraude (économique), anti-motards? anti-détournement de fonds…., anti-fuites de capitaux. Alouette…
    Sans farce, tout comme vous le mentionnez M. Dumais, pour l’heure, il serait profitable de faire plutôt dans l’efficacité. (….). Mme Marois, le secteur de la santé est en train de tomber vraiment “malade” —Urgence!

  2. Sébastien B. dit :

    L’idée d’un Dirigeant principal de l’Information qui serai neutre et indépendant est intéressante. Cependant donner une ligne de conduite au gouvernement est une chose, mener la politique numérique d’une province en est une autre.
    Vous le dites vous même, le numérique est présent partout dans nos vies et ce changement a des impacts énormes dans toutes les sphères de notre société. Alors qui pour mener la barque de ce changement sans ministère du numérique?

  3. M. Dumais,
    Je suis totalement d’accord avec vous. Au gouvernement, ce dirigeant principal devra assurer le lien entre tous les ministères car la technologie est partout et surtout pas uniquement confinée à un domaine ou un ministère en particulier.
    Quelques structures européennes fonctionnent parfaitement. Pourquoi réinventer la roue? Il y a des exemples et des modèles à adapter. Le principal serait de lier son mandat à la recherche et pas seulement à la technologie, mais à l’innovation dans : la santé, l’éducation, la culture, les ressources naturelles, les aînés, les familles, etc.
    Tous ministères confondus.

  4. Yvan B. dit :

    Vous êtes un peu dans le champ…le poste de DPI existe au Gouvernement du Québec depuis quelques années!!! Allez voir le site du Secrétariat du Conseil du Trésor. Si c’est une blague, je ne la comprend pas ???

    • louis b. dit :

      Le poste de DPI existe bel et bien au gouvernement. Mais reste à savoir s’il a les bons pouvoirs et la bonne dé.finition. Aux USA, les responsabilités actuelles du DPI du Trésor sont divisées entre deux personnes: un “chief information officer” (CIO=DPI) et un “chief technological officer” (CTO ou dirigeant principal des technologies). Au Québec, si on analyse les fonctions jouées par notre DPI, ce dernier est plus un CTO qu’un CIO. De là l’argumentaire de M Dumais à savoir qu’un CTO pourrait être au Trésor mais qu’un vrai CIO se doit d’être rattaché au plus haut échelon du pouvoir, soit au premier ministre comme l’exprime le député Gautrin dans son rapport. Aux USA, le CIO et les CIO des états se rapportent au président des Étas-Unis directement.
      Le DPI jouerait alors un vrai rôle de transformation de la démocratie selon les trois axes: transparence, participation citoyenne et collaboration. Ces nouveaux concepts sont tes complexes et prendront du temps et de la VOLONTÉ pour être mis en place. C’est toute la culture de l’appareil publique qui doit être modifier…dans chaque royaume que sont les ministères et organismes!

  5. Luc Gendron dit :

    Monsieur Dumais,

    Le risque avec un tel poste est de nommer un spécialiste en technologie sans capacité d’analyse (cartographie) des défis et des nouvelles dynamiques qui s’installent dans les trois axes GPS:
    - Gens (nouveaux savoirs, nouvelles habitudes et nouvelles attentes)
    - Processus (évolution et mutation des processus implantés à une autre époque et dans un autre contexte) et
    - Systèmes (qui ne finiront pas d’évoluer à une vitesse dépassant notre capacité d’assimilation).

    Cela renforcerait également le paradigme que le numérique est un silo à gérer tandis qu’il est omniprésent partout. Les autres ministres risquent de se camper dans leur “tour d’ivoire” à cause de leur analphabétisme numérique.

    Cette omniprésence à l’échelle planétaire requiert un savoir suffisant des défis liés aux gens, aux processus et aux systèmes ainsi qu’une vigilance à tous les niveaux de gouvernance; pas d’un seul responsable..

  6. Benoit Archambault dit :

    Ce serait une excellente chose. Le ou la ministre devrait être une personne compétente en matière de TI. En effet, peu de personnes peuvent se targuer de bien connaître les TI et la gestion et ce ne sera pas une mince tâche de trouver la perle rare, mais c’est un incontournable à notre époque.

  7. Pierre dit :

    Monsieur Dumais,
    Je suis d’accord avec votre commentaire. Par contre le choix d’un DPI sera difficile. Il faut trouver un individu connaissant les différents aspects des TI, MAIS qui ne reproduise pas les paradigmes actuels. En d’autres termes il importe qu’il puisse réfléchir les TI en dehors des approches traditionnelles comme: les méthodologies qui génèrent plus de papier que de resultats, les systèmes qui coûtent nettement plus chers que ce qu’ils rapportent, les developpements monstrueux que l’état est incapable de gérer, les solutions pensées comme il y a 10 ans alors que des approches différentes existent (ex: le remplacement des postes de travail)…
    Enfin, il faut qu’ils soit capable de se faire une opinion personnelle dégagée des “bons conseils” qu’il recevra de beaucoup de personnes “bien intentionnées”.

  8. Paul Gagnon dit :

    « Nul ne peut nier que nous avons basculé d’une société post-industrielle à celle du savoir et de l’information »

    J’aurais plutôt pensé que nous nous dirigions vers une société de l’ignorance (décrochage scolaire, analphabétisme même au-delà des études secondaires, superstitions & gourous à la pelleté, éducation envisagée seulement d’un point de vue utilitaire et monétaire) et de la désinformation (la superficialité, pour ne pas en dire davantage, du merveilleux monde de l’information, sauf exception, en fait foi).

    Quant à votre suggestion de créer une structure non politique, elle est ridicule. Nous avons déjà un « gouvernement des juges », allons-nous y ajouter un « gouvernement des technos » ?

    Vous comparez votre DPI (Dirigeant principal de l’information) au Vérificateur général et au Protecteur du citoyen. À ce que je sache ces derniers sont des chiens de garde, visant à contrôler les écarts de l’administration publique, alors que votre DPI aurait un pouvoir décisionnel, avec des incidences financières, ce qui doit relever du politique. Il faudrait au moins ajouter un Contrôleur-Vérificateur de ce DPI.

  9. Eric F dit :

    Le voilà le DPI, il est nommé. Et il est au Conseil du trésor. Selon ce que je comprends, il reste là où il a toujours été. On entend de bien beaux commentaires au sujet de ce monsieur…

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