Amputer pour sauver le patient

- 5 décembre 2012

Le drame de Drummondville confirme ma théorie: dans un Québec étatiste, qui saupoudre les bienfaits d’un état social-démocrate sur l’ensemble des citoyens, au lieu de cibler des besoins criants, de grandes injustices ne sont pas réparées. Des drames évitables se produisent.

Pourquoi la mère de Sonia Blanchette avait-elle été mandatée de surveiller sa propre fille lors des visites des trois enfants ? Manque de ressources.

Pourquoi une dame est-elle morte dans un CHSLD la semaine dernière après avoir été échappée par une préposée qui n’aurait pas dû effectuer la tâche du bain  toute seule ? Manque de ressources.

Pourquoi le système d’éducation échappe-t-il autant de jeunes en difficulté ? Manque de ressources.

Pourquoi ferme-t-on des lits dans les hôpitaux  l’été ?  Manque de ressources.

Pourquoi attend-on 20 heures dans une salle d’urgence ? Manque de ressources.

Pourquoi des écoles sont-elles encore contaminées à l’amiante ou aux spores ? Manque de ressources.

Pourquoi des jeunes personnes handicapées ou malades dans la vingtaine sont-elles forcées de vivre dans un CHSLD ? Manque de ressources.

Pourquoi l’État laisse-t-il tomber les parents de jeunes handicapés une fois qu’ils ont atteint 21 ans ? Manque de ressources.

Bien sûr, les ressources de l’État, argent et personnel, ne sont pas inépuisables. Notre fonction publique est lourde, un demi-million de personnes, dont de nombreux pousseux de crayons qui, au lieu de donner des services, effectuent des analyses à longueur de journée et pondent des rapports en langage bureaucratique incompréhensible pour quiconque habite hors de la caste.

Certains appellent  notre système une social-bureaucratie. J’aime.

Prenons  aussi un instant pour se rappeler que la machine étatique démontre autant de générosité envers ses tous hauts fonctionnaires qu’elle ne l’a  fait pour André Boisclair hier…

Du côté de l’offre de services, le cas des CPE est probant. Programme universel sensé aider toutes les familles mais surtout les familles en milieu défavorisé pour permettre aux parents de réintégrer le marché du travail, on saupoudre les largesses de l’État à des gens qui n’en ont pas vraiment besoin.

Je connais personnellement des gens fortunés, dont les revenus atteignent et dépassent les centaines de milliers de dollars par année, qui occupent une, deux ou trois places en CPE à 7$. Et qui vont profiter du gel perpétuel des tarifs. Une fois sortis du CPE, ces enfants prennent tout droit le chemin de l’école privée. Cherchez l’erreur.

Toutes les études le prouvent: les parents pauvres utilisent moins les services des CPE que les familles de classe moyenne ou aisées.

En santé, quelle hypocrisie. Parmi les vaches sacrées québécoises, l’universalité des soins de santé trône en haut du totem. Des pays qui ont écrit le manuel d’utilisation de la social démocratie, la France, les pays scandinaves, la Grande-Bretagne, ont des systèmes privés parallèles. Pensez-vous que Kate Middleton a été hospitalisée dans un établissement du National Health Service ? Faites-moi rire. Et ça n’indispose personne.

Pensez-vous que les chefs d’entreprise, hauts fonctionnaires, cadres supérieurs et autres Québécois à hauts revenus font faire leurs analyses de sang et de pipi à l’hôpital du quartier ? Cherchez-les dans les salles d’attente. Mieux, ne perdez pas votre temps, ils sont bien calés dans un fauteuil beige pâle chez Biron et ils attendent leur tour en travaillant sur leur IPad. Et quand ce sera fini, on leur offrira un yogourt ou un jus. Jamais il ne leur viendrait à l’esprit d’aller dans un CLSC.

Et leur compagnie d’assurance va ramasser la note. Quand ce n’est pas l’employeur  lui-même.

L’argent manque. Et même si demain matin on faisait une ponction spéciale aux grandes banques pour renflouer les coffres, sans couper, nous nous retrouverions au même point : Dans l’trou.

Parce que couper, on n’aime pas ça. Et on ne sait pas comment ! Hier, on apprenait qu’un CHSLD a demandé aux préposés de ne changer les couches de personnes âgées incontinentes qu’une fois remplies à 80 pour cent. Pas avant. Un hôpital lui, rationne  les torchons. Or, qu’est-ce qui arrive  si on réutilise un torchon contaminé ? On contamine encore plus ! Y’a pas qu’un déficit économique, le gros bon sens semble aussi manquer à l’appel.

Tous les gouvernements se font élire avec la promesse de faire les choses différemment. Pour le présent gouvernement, c’est raté, désolée. Mais faire les choses différemment, ce n’est pas que revoir le financement des partis politiques, c’est aussi réévaluer TOUS les programmes, CIBLER les besoins graves et urgents et DÉCIDER de ce qui sera prioritaire. Même s’il faut, pour le faire, COUPER dans ce qui est moins urgent, moins grave. Moins nécessaire. Tous les besoins ne sont pas égaux.

Diriger, c’est faire des choix. Quitte à ce que des gens et des lobbies, dont les syndicats, hurlent à la mort. Quitte à ce qu’un gouvernement accepte de ne pas être réélu pour faire ce que doit.

La question n’est pas de savoir si ça se fera, mais quand.

Il arrive qu’on doive amputer pour sauver le patient.

 

 

 

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5 commentaires

  1. Daniel Paquet dit :

    D’excellentes questions , madame Ravary, et une réflexion éclairante.

    A quoi s’attendre quand ce gouvernement concentre ses efforts sur la langue et la couleur d’un drapeau?

    Quand au reste…

  2. walid dit :

    brravo lise

  3. émile lafreniere dit :

    Je vous concède énormément des facteurs que vous mentionnez comme exacts.Cependant il faut penser qwue jamais le systeme pourra tout prévoir meme si on avait les sous nécessaires.La légende qui veut qu’il faut que rien n’arrive est fausse.
    Un autre point où je ne partage pas votre opinion c’est sur la question des garderies.Je connais plusieurs personnes et je suis sur que c’est la meme chose dans les connaissances de chacun des lecteurs,qui utilisent les services de garde et qui n’iront jamais travailler.Ils préferent le cheque social et la sainte paix dans la journée.
    Vous oubliez que ceux qui gagnent de gros revenus paient pour les autres.c’est le moins qu’ils puissent
    bénéficier du service.C’est bien beau de plumer le monde.
    C’est pareil; pour les soins de santé pendant que les employés et où les employeurs paient des assurances,ces gens liberent le systeme et coutent rien a l’état.
    Vous oubliez a mon avis les montants d’impot que ces gens paient pour maintenir un systeme qu’ils n’utilisent meme pas.
    En conclusion ce sont surtout sur ces points que je differe avec vous.

  4. facteur dit :

    Madame

    je me suis arrêté au milieu de votre texte par manque de temps…..Vous revenez souvent au manque de ressources.Moi je vous dirai manque de compétences…manque d’altruisme,manque d’amour du prochain…Pourtant cela existe dans bien des domaines..quand on se dit surtout les jeunes,,c’est pas ma job,,le problème il est là..Prends en plus large mon jeune et laisse ta maudite paresse de côté..Et là dessus je ne généralise pas car beaucoup donne mais de ceux-ci on en parle peu….

  5. edmond o'brian dit :

    Et dans un système concurrent la réponse à vos mêmes questions ne seraient pas les mêmes réponses…on peut toujours faire plus avec plus de ressources. mais on peut en même temps créer plus d’inégalités. Je ne crois pas que votre pensée là dessus soit très développée. C’est un problème compliqué et tous les systèmes doivent être continuellement réformés ! Quel qu’ils soient, Je préfère toujours un système ou tous peuvent se faire soigner même les cassés !

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