Une belle réussite.

- 25 juillet 2012

Ce qui était remarquable, lors de la cérémonie de signature de ce nouvel accord entre le Québec et les Cris de la Baie James, au Salon rouge de l’Assemblée nationale mardi, c’était l’habillement des chefs. Matthew Coon-come portait un complet-veston de bonne coupe et une cravate à la dernière mode; Jean Charest, lui, une veste de daim à franges, ornée de broderies…

Évidemment que ces détails ne sont pas le fruit du hasard: il fallait y voir le symbole de la rencontre harmonieuse de deux nations, aux confins de leurs cultures, et de leurs intérêts réciproques.

Cette entente, qui n’a pas d’équivalent au Canada, et, probablement nulle part ailleurs au monde, innove en reconnaissant aux autochtones des responsabilités, des pouvoirs et des droits sur leur territoire – dont il partageront désormais l’usage et les ressources avec les gens du sud.

Les Cris n’ont pas fait leur indépendance. Le territoire qu’ils occupent est celui du Québec. Cela a été répété mardi. Mais ils obtiennent le contrôle exclusif d’un territoire de plus de 55,000 km carrés. Un autre territoire de plus de 275,000 km carrés sera géré par un nouveau gouvernement, mixte, dans lequel les Cris auront une représentation égale à celle des Blancs. Ils auront ainsi un droit de regard sur l’exploitation des ressources du territoire, et toucheront une redevance.

Pour comprendre l’immensité du progrès que cela représente pour les Cris, il faut revenir 40 courtes années en arrière. Au début des années 1970, quand Robert Bourassa a décidé de lancer le développement hydro-électrique de la Baie James, il n’a même pas pensé d’appeler les Cris pour les prévenir – et encore moins pour leur demander la permission.

Les Cris étaient encore des bandes de chasseurs semi-nomades qui ne se regroupaient que durant l’été. Ils n’avaient aucun pouvoir politique – aucune présence, même – aux yeux des gens du sud.

En moins d’un demi-siècle, les Cris se sont constitués en nation, ont appris les règles du jeu politique et celui du pouvoir; ils ont reçu de l’argent et appris à le gérer et le faire fructifier; aujourd’hui, ils ont leur propre gouvernement. Ils ont perdu leur style de vie traditionnel – ils vont toujours chasser l’oie, mais utilisent maintenant des hélicoptères, puis reviennent à la maison pour prendre un bain chaud – mais sont en meilleure posture que jamais de préserver leur culture, leur héritage, et gérer leurs propres affaires.

Ce n’est pas par hasard non plus qu’une telle entente – qui établit ne nouveaux modèles de coopération, des nouveaux standards d’autonomie pour une première nation – ait été développée au Québec. Nous sommes des experts, ici, dans l’art de réfléchir et de débattre sur des façons de modifier les structures politiques et administratives du pays. Les autres Canadiens, majoritaires, et plutôt satisfaits du statu quo, n’ont pas cette expertise, cette souplesse politique, cette capacité d’imaginer les choses autrement.

C’est sûr que les Cris avaient un gros bâton entre les mains. Le gouvernement Charest n’avait pas le choix de s’entendre avec eux s’il veut procéder avec le plan nord, qui est la pièce maîtresse de sa stratégie de développement économique.

Mais cette nouvelle entente avec les Cris s’inscrit dans une dynamique déjà bien installée, menant les Cris vers une plus grande autonomie politique et économique. Elle fait suite à la Paix des Braves, qui avait, elle, été signée par le Parti Québécois de Bernard Landry, longtemps après la première convention de la Baie James, signée en 1974 par Robert Bourassa et le chef Billy Diamond.

Est-ce un hasard si cette entente est signée 45 ans, presque jour pour jour, après le célèbre «Vive le Québec…libre!» du général De Gaulle à l’Hôtel de ville de Montréal?  Probablement. Mais…

À cette époque, Montréal était, dans les mots de Pierre Bourgault, «la deuxième plus grande ville française de langue anglaise au monde.» Depuis, les Québécois ont imposé leur langue, conquis les leviers de leur économie, et fait sentir leur présence comme jamais auparavant au Canada. Un peu comme les Cris l’ont fait au Québec…

Pour parodier la chanson des Rolling stones, les indépendantistes – Cris comme Québécois – n’ont pas (encore) obtenu ce qu’ils voulaient. Mais leurs nations, elles, ont été capables d’obtenir ce dont elles avaient besoin.

Ce n’est pas par hasard si ces deux nations ont été capables de créer une nouvelle façon de s’entendre, qui servira de modèle, et d’idéal à plusieurs autres.

Cela fait du bien quand l’actualité politique nous donne des raisons d’être optimiste…

 

 

 

 

 

 

 

Abonnez-vous à cet article

4 commentaires

  1. Marie Nicol dit :

    Bien sûr, ils étaient là avant nous. Mais ils ont perdu les guerres et c’est comme ça que l’on gagnait les territoires à cette époque. Ça fait des années qu’ils sont là et ils n’ont rien développé. Pourquoi il faut leur donner l’argent des blancs alors qu’ils ont plus d’avantages sur bien des points.

  2. Jerry Parish dit :

    D’après votre article çà semble beau cette entente.

  3. 123allo dit :

    Quand vous dites, ‘ils ont reçu de l’argent’, de qui ? Quand on parle d’hélicoptère maintenant, est ce à la place des motos neiges qu’on leur donnait ?
    Maintenant ils auront une bonne part des recettes des mines, l’autre part ira à ces compagnies minières ! C’est qui encore le dindon de la farce ? Le ridicule ne tue pas, mais il assomme tranquillement et nous rend abruti.
    Quand viendra le jour ou Montréal va nous charger une taxe spéciale pour remettre à ceux qui vident nos lacs, qui trappent sans tenir compte des méfaits, qui vendent du chevreuil à longueur d’année, qui ne paye pas d’impôts dans les resserves ?
    Quelle est le cout annuel dépensé par têtes par les gouvernements au Canada ? Après regardez combien pour les autochtones et combien pour les Canadien non autochtones. Plus du double et vous pensez que je sens que j’ai des redevances !!!
    Ou serait le pays si on était reste en gêne à l’arrière plan, se sentant pas chez nous ! C’est de la politique

  4. Bigfoot dit :

    Très bien l entente ,on est dans l air moderne,vous ne laisseriez pas personne piétiner vos platebandes et vos fleurs.Ces nations ont saufgardé et protégé leurs territoires que nous exploitons.Ces nations sont de l air modernes,ils s instruisent s adaptent et participent comme des travailleurs québecois dans l espoir d une vie meilleure qu ils ont amplement merité;bravo et bienvenu chez vous.

Laisser un commentaire

 caractères disponibles