Un peu plus d’un mois après l’élection générale qui a vu la (courte) victoire du Parti Québécois, les intentions de votes n’ont de loin pas beaucoup changé. La CAQ est certes un peu inférieure à son score du 4 septembre, mais on est dans la marge d’erreur. Comment expliquer cette stabilité? L’absence d’un effet “lune de miel” est particulièrement visible envers le PQ. Plusieurs réponses sont possibles mais la plus probable reste le peu de satisfaction actuelle envers le nouveau gouvernement. Avec seulement 37% de répondants se déclarant satisfaits (très ou plutôt), cela signifie que la nouvelle Première Ministre ne satisfait pas grand monde en-dehors de ses appuis traditionnels.
Cette stabilité post-élection est relativement inhabituelle. Il n’est pas rare que le gagnant de l’élection bénéficie d’un petit avantage dans les sondages juste après l’élection. Et par “gagnant”, il peut parfois s’agir d’un parti ayant fait bien mieux que prévu. En 2007 par exemple, l’ADQ avait directement connu un saut après l’élection générale. Or, cette fois-ci, il est bien difficile de définir le gagnant. Techniquement il s’agît naturellement du PQ qui a repris le pouvoir après 9 ans dans l’opposition (dont un peu plus d’un an passé sans même être l’opposition officielle). Mais en même temps, le parti de Pauline Marois a déçu le 4 septembre dernier en ne réussissant à remporter que 4 sièges de plus que le PLQ. Ce dernier pourrait d’ailleurs être vu comme le vrai gagnant. En effet, malgré un taux d’insatisfaction record et l’usure du pouvoir (mêlé aux problèmes de corruptions dont le parti a été accusé pendant des mois), ce parti avait surpris tout le monde en obtenant plus de 30% des voix et 50 sièges. Le fait que ce parti se retrouve au même niveau dans ce sondage malgré l’absence de chef montre bien la résistance de ce parti. Il faut aussi se demander si ce sondage nous montre bien la situation actuelle ou sous-estime les Libéraux comme ce fût le cas durant la campagne. À voir le sondage Léger fait directement après l’élection et qui avait les trois partis presque parfaitement alignés avec les résultats de l’élection, j’aurais tendance à croire que la sous-estimation libérale n’existe plus. Cela ne signifie pas que les sondages n’auront pas torts lors de la prochaine élection, juste qu’une fois l’élection passée, les électeurs sont possiblement plus enclins à dire la vérité. En particulier pour le PLQ, la couverture médiatique avait été passablement négative durant la dernière campagne et cela avait peut-être conduits certains Libéraux à “se cacher”, au même titre que les adéquistes en 2007. Quant à la CAQ, sa chute est dans la marge d’erreur et ne devrait pas trop préoccuper François Legault. La CAQ a bien fait avec 27%, mais sa performance a été éclipsée par un relativement faible nombre de sièges et la surprise libérale.
Nous n’avons pas encore finalisé le nouveau modèle qui tient compte des derniers résultats, mais vu les faibles variations de chaque parti, le résultat serait fort similaire à celui du 4 septembre. La CAQ perdrait probablement 1-2 sièges au profits du PQ et/ou du PLQ, mais rien de bien significatif. Le nouveau modèle sera prêt d’ici quelques semaines, avec d’ailleurs le nouveau modèle fédéral. Le principal avantage sera d’avoir eu une élection avec la CAQ, ce qui nous permettra de mieux identifier à quel point ce parti a récupéré les votes ADQ. Lors de la campagne, nous avions fait l’hypothèse que la CAQ avait conservé 75% de l’ancien parti de Mario Dumont et que ses coefficients de variations régionales (i.e: les coefficients qui permettent de transposer une variation provinciale en une variation dans chaque comté) étaient une moyenne entre ceux de l’ADQ (en d’autres mots, relativement concentré dans 3-4 régions) et une variation purement uniforme. À voir les résultats, et malgré une légère surestimation des sièges du parti de François Legault, il semble que nous avions plutôt raison. La CAQ a en effet été répartie de manière bien plus uniforme sur le territoire du Québec que ne l’était le parti de Mario Dumont. Cette concentration plus faible de son vote permet d’ailleurs probablement d’expliquer le faible “taux de conversion” pour la CAQ entre ses pourcentages et ses sièges. Le nouveau modèle permettra d’estimer l’impact des possibles futurs chefs du PLQ. Je parle d’ailleurs de cela dans cet autre billet aujourd’hui.