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1 mois plus tard: pas de grand changement

- 18 octobre 2012

Un peu plus d’un mois après l’élection générale qui a vu la (courte) victoire du Parti Québécois, les intentions de votes n’ont de loin pas beaucoup changé. La CAQ est certes un peu inférieure à son score du 4 septembre, mais on est dans la marge d’erreur. Comment expliquer cette stabilité? L’absence d’un effet “lune de miel” est particulièrement visible envers le PQ. Plusieurs réponses sont possibles mais la plus probable reste le peu de satisfaction actuelle envers le nouveau gouvernement. Avec seulement 37% de répondants se déclarant satisfaits (très ou plutôt), cela signifie que la nouvelle Première Ministre ne satisfait pas grand monde en-dehors de ses appuis traditionnels.

Cette stabilité post-élection est relativement inhabituelle. Il n’est pas rare que le gagnant de l’élection bénéficie d’un petit avantage dans les sondages juste après l’élection. Et par “gagnant”, il peut parfois s’agir d’un parti ayant fait bien mieux que prévu. En 2007 par exemple, l’ADQ avait directement connu un saut après l’élection générale. Or, cette fois-ci, il est bien difficile de définir le gagnant. Techniquement il s’agît naturellement du PQ qui a repris le pouvoir après 9 ans dans l’opposition (dont un peu plus d’un an passé sans même être l’opposition officielle). Mais en même temps, le parti de Pauline Marois a déçu le 4 septembre dernier en ne réussissant à remporter que 4 sièges de plus que le PLQ. Ce dernier pourrait d’ailleurs être vu comme le vrai gagnant. En effet, malgré un taux d’insatisfaction record et l’usure du pouvoir (mêlé aux problèmes de corruptions dont le parti a été accusé pendant des mois), ce parti avait surpris tout le monde en obtenant plus de 30% des voix et 50 sièges. Le fait que ce parti se retrouve au même niveau dans ce sondage malgré l’absence de chef montre bien la résistance de ce parti. Il faut aussi se demander si ce sondage nous montre bien la situation actuelle ou sous-estime les Libéraux comme ce fût le cas durant la campagne. À voir le sondage Léger fait directement après l’élection et qui avait les trois partis presque parfaitement alignés avec les résultats de l’élection, j’aurais tendance à croire que la sous-estimation libérale n’existe plus. Cela ne signifie pas que les sondages n’auront pas torts lors de la prochaine élection, juste qu’une fois l’élection passée, les électeurs sont possiblement plus enclins à dire la vérité. En particulier pour le PLQ, la couverture médiatique avait été passablement négative durant la dernière campagne et cela avait peut-être conduits certains Libéraux à “se cacher”, au même titre que les adéquistes en 2007. Quant à la CAQ, sa chute est dans la marge d’erreur et ne devrait pas trop préoccuper François Legault. La CAQ a bien fait avec 27%, mais sa performance a été éclipsée par un relativement faible nombre de sièges et la surprise libérale.

Nous n’avons pas encore finalisé le nouveau modèle qui tient compte des derniers résultats, mais vu les faibles variations de chaque parti, le résultat serait fort similaire à celui du 4 septembre. La CAQ perdrait probablement 1-2 sièges au profits du PQ et/ou du PLQ, mais rien de bien significatif. Le nouveau modèle sera prêt d’ici quelques semaines, avec d’ailleurs le nouveau modèle fédéral. Le principal avantage sera d’avoir eu une élection avec la CAQ, ce qui nous permettra de mieux identifier à quel point ce parti a récupéré les votes ADQ. Lors de la campagne, nous avions fait l’hypothèse que la CAQ avait conservé 75% de l’ancien parti de Mario Dumont et que ses coefficients de variations régionales (i.e: les coefficients qui permettent de transposer une variation provinciale en une variation dans chaque comté) étaient une moyenne entre ceux de l’ADQ (en d’autres mots, relativement concentré dans 3-4 régions) et une variation purement uniforme. À voir les résultats, et malgré une légère surestimation des sièges du parti de François Legault, il semble que nous avions plutôt raison. La CAQ a en effet été répartie de manière bien plus uniforme sur le territoire du Québec que ne l’était le parti de Mario Dumont. Cette concentration plus faible de son vote permet d’ailleurs probablement d’expliquer le faible “taux de conversion” pour la CAQ entre ses pourcentages et ses sièges. Le nouveau modèle permettra d’estimer l’impact des possibles futurs chefs du PLQ. Je parle d’ailleurs de cela dans cet autre billet aujourd’hui.

 

Qui pour succéder à Jean Charest?

- 18 octobre 2012

L’ex-Premier Ministre Jean Charest ayant démissionné après avoir non seulement perdu le pouvoir mais également son propre siège, le PLQ se retrouve à se chercher un nouveau chef. Étant donné que ce parti est passé bien proche de conserver le pouvoir (on parle de deux sièges dont celui justement de Jean Charest), un nouveau chef avec une nouvelle popularité pourrait bien permettre aux Libéraux de récupérer le pouvoir rapidement. Le dernier sondage Léger contient quelques informations intéressantes concernant les candidats potentiels. Regardons-y de plus près.

Parmi les prétendants, Philippe Couillard est actuellement le plus populaire. Il recueille en effet 37% des suffrages. Un chiffre à prendre avec beaucoup de précautions puisque la course n’est pas officiellement lancée et que de toutes manières, la population générale n’élit pas le chef du PLQ, ses membres le font. Raymond Bachand et Pierre Moreau sont derrière avec respectivement 14% et 10%. Un grand nombre sont indécis ou ne savent pas (encore).

Peu importe qui sera choisi, le PLQ bénéficiera d’un petit “boost” après l’élection du nouveau chef. Cela se produit pratiquement tout le temps mais ne dure pas forcément. L’effet “nouveauté” probablement (en plus de la couverture médiatique). Mais pour les Libéraux, une question essentielle est de savoir qui est le mieux placé pour reprendre le pouvoir. En termes de stratégies, le nouveau chef devrait attirer des libéraux partis à la CAQ. On parle de ces fédéralistes-nationalistes qui ont été probablement un peu déçu du peu de réformes du gouvernement Charest par exemple. Il n’y a en effet pas beaucoup d’autres sources potentielles de votes. Les électeurs Péquistes ne feront pas le saut vers le parti le plus fédéraliste (on voit le peu d’échanges entre ces deux partis en regardant les 2e choix des électeurs. Quasiment aucun Péquiste n’a le PLQ et l’inverse est vrai aussi). Quant à QS, outre la souveraineté, il y a bien sûr l’orientation gauche-droite du PLQ qui pose problème. Donc au final, la clé se trouve là où le PLQ a perdu des plumes: la CAQ.

À ce jeu là, Philippe Couillard est clairement le grand gagnant. Il est en effet le candidat préféré par 50% des électeurs Caquistes. Il est bien sûr presque un peu ridicule d’écrire cela (pas autant cependant que de demander aux Péquistes qui ils préfèrent) mais cela signifie que Philippe Couillard a le potentiel de plaire à cet électorat. Il se peut cependant que M. Couillard ne fasse que profiter de sa popularité restée presque intacte du temps où il était ministre de la santé. Car en termes d’orientation politique, il n’est pas sûr qu’il soit le candidat “idéal” pour un électeur de la CAQ. Mais bien sûr, la course à la chefferie permettra à tous les candidats d’exposer leurs visions et il sera intéressant de voir si l’attrait de M. Couillard au sein des électeurs CAQ se maintient.

À l’heure actuelle, à la question hypothétique des intentions de votes avec les potentiels chefs du PLQ, ce dernier grimpe à 33% si dirigé par l’ancien ministre de la santé. De façon amusante, le PQ gagne aussi 1 point, un phénomène plutôt difficile à expliquer et qui est probablement davantage une petite erreur statistique. La grande perdante serait la CAQ qui tomberait à 23%. À remarquer cependant que ces variations sont bien inférieures à celles observées au fédéral pour le PLC lorsque l’on pose la question avec Justin Trudeau comme chef. Il ne semble ainsi pas y avoir un “sauveur” actuel pour le PLQ.

Comme mentionné dans mon autre billet du jour, le nouveau modèle sera prêt d’ici peu et nous permettra de mieux évaluer l’impact de cette course à la chefferie.

 

Division du vote?

- 6 septembre 2012

Mardi soir, lorsque le nouveau député Péquiste Jean-François Lisée s’est fait demandé pourquoi sa formation ne pouvait faire mieux que 32% et 54 sièges, il a directement évoqué la division du vote. Mais est-ce vraiment le cas?

Dans ce billet, je regarde le nombre de comtés où le PQ a perdu et l’écart a été moindre que 50% des votes QS+ON. J’y vais à 50% car c’est une bonne approximation des deuxièmes choix des électeurs de ces partis. Il serait faux d’aller à 100% car si QS et ON n’existaient pas, ce n’est pas vrai que le PQ récupérerait 100% de leurs votes.

Alors, combien? La réponse est 11! C’est très proche des simulations que j’avais faites durant la campagne. Eh oui, si QS et ON n’existaient pas (sauf dans Mercier et Gouin), il est vraisemblable que le Parti Québécois aurait remporté 65 sièges, le PLQ seulement 42 et la CAQ 16. On pourrait même ajouter 4 comtés où bien que l’avance soit supérieure à 50% des votes QS+ON, cela aurait été proche (Groulx, Mégantic, Nicolet-Bécancour et Montarville).

Les 11 comtés en questions sont: Jean-Lesage, La Prairie, L’Assomption, Laurier-Dorion, Maskinongé, Papineau, Richmond, Saint-Henri-Saint-Anne, Saint-Jérôme, Trois-Rivières et Verdun.

La division du vote a donc bel et bien nuit au PQ davantage qu’en 2008. Est-ce Pauline Marois pensait que QS et ON allaient s’écraser? Ou n’envisageaient-ils jamais que le PLQ se retrouve si élevé? Il faudrait le leur demander.

Je voudrais cependant exprimer un avis un peu plus personnel ici: s’il est vrai que le PQ a souffert de la division du vote hier soir, il faut aussi se souvenir que le PLQ et la CAQ se divisent le vote fédéraliste (et de droite) dans bien des comtés. Aussi, le Parti Québécois serait mal placé de se plaindre de cette division du vote alors que ce parti refuse une réforme du mode de scrutin ou un accord électoral avec ces formations. Si j’étais Pauline Marois, je tenterais au moins d’approcher ces deux partis et de proposer des retraits mutuels de candidats dans des comtés ciblés pour les prochaines élections. Ce n’est pas traditionnel en politique Québécoise, mais il faut bien que quelqu’un essaie pour une fois.

Post-mortem

- 5 septembre 2012

La soirée électorale nous a réservé des surprises, comme c’est souvent le cas. La principale fut naturellement le surprenant score du Parti Libéral. Avec plus de 31% des voix, Jean Charest ne passe pas loin de conserver le pouvoir, alors que le PQ fait un peu moins bien que prévu à 32%. Les sondages ont ainsi largement sous-évalué le PLQ. On parle quand même d’une sous-estimation de 4 points environ, donc largement hors de la marge d’erreur. On parlera de la fameuse prime à l’urne, mais il ne faudrait pas oublier que cette prime n’avait pas existé en 2007 et 2008. L’échec des sondages n’est pas aussi marqué que lors de la dernière élection en Alberta, mais on est quand même loin du résultat final.

Les projections en sièges étaient naturellement biaisées à cause de ces sondages. En utilisant les pourcentages de l’élection, le modèle aurait prédit 51 PQ, 48 PLQ, 24 CAQ et 2 QS. Des résultats relativement proches de la réalité si ce n’est pour une légère sur-estimation de la CAQ. Ce parti a d’ailleurs connu une soirée étrange. Avec 27% des voix, la CAQ fait très bien et juste en-dessous des derniers sondages. Cependant, le mode de scrutin et une inefficacité dans son vote fait en sorte que François Legault ne se retrouve à la tête que de 19 députés, dont lui-même. Son candidat vedette le Dr. Barrette n’a même pas été élu. Si la CAQ a effectivement bien fait à Québec et dans Chaudière-Applaches, il a cependant un peu déçu dans le 450, en particulier sur la Rive-Sud. Il semble que la CAQ n’ait pas réussi à récupérer tous les anciens votes ADQ, sauf dans les comtés où les ex-députés adéquistes se représentaient. Si vous voulez une analyse en détails des différences entre projections et résultats, lisez cet article sur le blogue.

Le Parti Libéral a réussi à résister mieux que prévu dans plusieurs comtés. Il perd certes le pouvoir mais évite l’effondrement prévu par certains sondages. Il reste surprenant qu’après 9 ans de pouvoir et un taux d’insatisfaction si grand envers le gouvernement, le Parti Québécois soit incapable de faire mieux que 31.9% et 54 sièges. La division du vote avec QS et ON explique certes une parti de ce phénomène, mais ce serait réducteur de penser que le PQ serait majoritaire aujourd’hui sans ces deux formations. Par contre, Pauline Marois serait bien de possiblement négocier un accord pour la prochaine élection, en particulier avec QS.

Si les résultats d’hier ont montré quelque chose, c’est bien que le mode de scrutin pénalise trop lourdement les tiers partis. La CAQ est clairement la grande perdante à ce jeu-là et il faudra se souvenir que l’ADQ avait subitement abandonné sa volonté de soutenir une réforme électorale après 2007. Il faut dire que le mode de scrutin ne semble pas si mauvais lorsque l’on est à quelques voix d’une possible prise de pouvoir ou d’une majorité. Mais quand cela fait en sorte que quelques points de pourcentages en moins fait en sortes que votre députation est moins de la moitié de vos adversaires, c’est une toute autre histoire.

La question maintenant est de savoir combien de temps tiendra se gouvernement minoritaire. Les Libéraux se chercheront probablement un nouveau chef et cela donnera quelques mois à Pauline Marois. Elle pourra aussi compter sur les votes QS dans bien des cas. Dès que le PLQ aura son nouveau chef, ce sera une autre histoire. Cependant, faire tomber un gouvernement n’est pas si facile que ça. Il faut en effet que les sondages soient bons pour les deux partis de l’opposition, ce qui est rarement le cas.

 

Le jour J: projections finales et quelques chiffres

- 4 septembre 2012

proj qc 03Nous y voilà enfin, le jour de l’élection! Après un mois de campagne, 4 débats, des publicités, des attaques et promesses, c’est à vous de décider la composition de l’Assemblée Nationale. En utilisant les derniers sondages, y compris un sondage dernière minute fait hier par Forum, les projections finales sont affichées ci-dessus. Si vous voulez les détails comté par comté ainsi qu’une analyse plus longue, je vous invite à lire à consulter le site internet). Le PQ est donc projeter gagnant et confortablement. Sauf si tous les sondages ont tout faux, il est pratiquement assuré que Pauline Marois deviendra Première Ministre du Québec. Le PQ est en effet en avance dans les intentions de votes depuis le début. Ce parti détient également une avance chez les francophones (ce qui, rappelons-le, n’était pas le cas du PQ en 2007 qui avait fini derrière l’ADQ) et a toujours été sondé devant dans le champ de bataille que sera le 450 (un écart de moins en moins important chez Crop cependant). Avec la grande majorité de ses électeurs sûrs de leurs choix et plus “enthousiastes” que le autres, on voit mal comment le PQ pourrait tomber sous les 31% dans le pire cas de figure. Un scénario qui laisserait quand même le Parti Québécois en première place dans les sièges.

La vraie question de cette journée électorale concerne une possible majorité Péquiste. Les projections finales montre la formation souverainiste avec 66 sièges. Mais il suffirait que la CAQ grimpe de 1 point, ou que le PQ soit malheureux dans quelques comtés clés pour que cette majorité se transforme en minorité. Il est donc difficile de se prononcer là-dessus. Il faut simplement retenir que le PQ peut être majoritaire ce soir, avec seulement 33% des voix. Si ce parti devait d’ailleurs bénéficier d’une sorte de prime à l’urne, sa majorité pourrait même être confortable.

La deuxième place (et donc le titre d’opposition officiel) sera chaudement disputé entre le PLQ et la CAQ. L’avantage va actuellement aux Libéraux. Mais le parti de Jean Charest pourrait bien se retrouver troisième lors d’une soirée électorale qui s’annonce plutôt mauvaise. Passer en une seule élection de plus de 42% du vote à seulement 27% est une chute drastique qui se traduira par de nombreuses pertes en termes de sièges, possiblement même dans les régions traditionnellement très Libérale. La CAQ est le parti qui a le plus progressé durant cette campagne. C’est en particulier le cas dans la grande région de Québec où la formation de François Legault a longtemps été deuxième derrière les Libéraux. Cependant, la CAQ est deuxième à peu près partout ailleurs et le mode de scrutin ne récompense pas cela. Cela pourrait faire mal dans le 450 en particulier.

Finalement, QS devrait envoyer un 2e député à l’Assemblée Nationale. Ce parti pourrait aussi créer une surprise dans Laurier-Dorion ou Sainte-Marie-Saint-Jacques, mais cela constituerait une surprise. Quant à ON, son chef est définitivement dans la course dans son propre comté. Nicolet-Bécancour qui pourrait bien nous donner une course à 3, voir 4 durant la soirée!

Voici quelques chiffres d’intérêt:

- Plus faible pourcentage donnant droit à une victoire: 28.3% dans Nicolet-Bécancour. Laurier-Dorion suit juste derrière avec 28.6%. Dans les deux cas, cela se produit naturellement en raison de la division du vote.

- 37 luttes serrées où la victoire se décide par moins de 5%. 32 impliquant le PQ (16 victoires projetées), 24 le PLQ (10) et 21 la CAQ (11).

- 5%: l’avance dans les projections finales du PQ sur la CAQ dans le grand 450. C’est entre les avances observées dans le dernier Crop et Léger. Cela suffit au PQ pour remporter 28 sièges sur 43. La CAQ devant se satisfaire de 8 et le PLQ de 7 (incluant Laval).

- 5.6%: le retard de Jean Charest sur le candidat PQ dans le comté de Sherbrooke selon les projections. Ainsi, la surprise serait belle et bien que le Premier Ministre conserve son siège.

- 3%: l’avance de François Legault dans son comté. Cette projection inclut un bonus en tant que chef. Ainsi, rien ne semble gagné d’avance pour le chef de la CAQ.

- 2: le nombre de circonscriptions remportés par le PLQ à Québec (Jean-Talon et Louis-Hébert). Et encore là, deux luttes serrées qui pourraient bien aller de l’autre bord.

Voilà, si ce n’est déjà fait, n’oubliez pas d’aller voter.