La police de la langue

- 14 août 2012

L’anglais n’est pas une maladie contagieuse qui s’attrape au contact des étrangers – et on ne s’en « protège » pas en multipliant les interdits, les règlements et les fonctionnaires…

On aurait pu espérer, maintenant qu’il a de bonnes chances de se retrouver au pouvoir le 4 septembre, que le Parti québécois ait fait l’effort d’une réflexion plus nourrie, pour mettre à jour sa philosophie sur la langue – pour nous inspirer, avec une approche et des idées fortes et nouvelles.

Mais non.

Par conviction, ou par stratégie, Pauline Marois nous a resservi, dimanche, en matière de « défense » du français, le même vieux credo paranoïaque, autoritaire et dépassé, duquel la vieille garde des purs et durs de son parti refuse de démordre.

Tous les Québécois…

Le souci linguistique n’est pas l’apanage exclusif du PQ. Tous les Québécois – incluant anglophones et allophones – sont conscients de la fragilité du français en Amérique et de la nécessité de le protéger, d’en faire la promotion, d’en favoriser le respect.

Ce qui distingue le Parti québécois en cette matière, c’est son pessimisme, son impatience, et son inébranlable conviction qu’aucun problème ne peut résister à la multiplication des règlements, des interdits, des fonctionnaires pour les administrer, et des millions pour financer ces derniers.

Ainsi, le PQ se donnerait « cent jours » pour « renforcer » la loi 101, et « protéger » le français si longtemps « abandonné » par les libéraux.

Comment ?

En débloquant « plusieurs millions » pour embaucher plus d’inspecteurs pour contrôler les affiches ; en obligeant les PME de moins de 50 employés à obtenir un certificat de francisation, en empêchant les francophones qui le veulent d’étudier au cégep en anglais, en empêchant les sièges sociaux de Montréal (ceux qui restent) d’opérer en anglais à l’interne…

Est-ce que l’avenir du français en Amérique est suspendu à de telles mesures ? Vraiment ? Et est-ce que ceux qui en doutent sont des « ennemis » du français et du Québec ?

Revaloriser le français

L’avenir du français ne dépendrait pas plutôt d’un meilleur enseignement ? D’une revalorisation de la langue parlée ? De notre capacité de rendre notre culture plus conviviale, invitante, et d’y accueillir les « autres », plutôt que de s’en servir comme d’un bouclier identitaire contre eux ?

En matière de langue, le PQ ne parle jamais autant de valoriser le français que d’interdire l’anglais, ou d’en limiter l’usage.

Cela découle d’une lecture passéiste de la question linguistique, qui date d’avant la loi 101, justement.

L’anglais aujourd’hui n’est plus la langue de l’assimilation et de l’humiliation, qu’il était dans le temps de la shop du « Chose » d’Yvon Deschamps.

Les temps ont changé

Nous ne sommes plus dans les années 1960. L’anglais est un outil de communication. La connaissance de l’anglais est maintenant requise pour plus de 40 p. cent des emplois de la région de Québec – pas pour communiquer avec le boss, mais avec les clients et les fournisseurs. Pas pareil.

En obsédant comme il le fait sur la « menace » de l’anglais, plutôt que sur l’ouverture et la valorisation de notre langue, et de notre culture, le PQ ne fait pas seulement fausse route : il risque de nous faire perdre du temps, de l’énergie, des ressources, et un certain capital de sympathie très précieux.

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1 commentaire

  1. Je suis tout à fait d’accord!

    Une petite dose de réglementation, mais une grande dose de conscientisation et d’efforts de promotion de la langue française!

    Il faut être fier de bien l’écrire et de bien le parler. Prendre le temps de réviser nos textes, se corriger. Rien de mal à se tromper mais il faut apprendre de ses erreurs. Il me semble, que c’est le gros bon sens, et ce qui est de mise!

    Sans rancunes, ni fausse morale. Bien à vous!

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