Jean Charest veut parler du plan Nord mais éviter la corruption. Pauline Marois rêve de pouvoir parler ouvertement de la souveraineté et d’ignorer les carrés rouges. François Legault aimerait juste être cru quand il parle.
Manque de pot, les Québécois sont ailleurs. Ils veulent entendre parler de la santé. La maudite santé.
Au Québec, nous sommes obsédés par la santé en général et par le système de santé.
Quand je dirigeais Elle-Québec, nous avions participé à un sondage international sur les priorités des femmes dans le monde. Les jeunes lectrices des 35 éditions du magazine, de la Chine au Brésil, de la France à l’Afrique du sud, plaçaient l’amour, les enfants et a carrière au top de leur palmarès. Partout sauf au Québec. Ici, la priorité c’était… la santé ! Avec une grosse avance. On parle ici de femmes de moins de 30 ans.
Les sondeurs et les dirigeants du magazine à Paris et à New York étaient sur le c… Moi aussi.
Une connaissance qui travaillait comme recherchiste pour une émission de télé sur la décoration intérieure me racontait cette anecdote, à ma stupéfaction. Ce type d’émission est très populaire. Ma collègue devait lire des milliers de lettres expliquant pourquoi madame Untel méritait plus que toutes les autres d’être choisie pour faire décorer sa vie et sa chambre à coucher.
Première raison, citée à près de 75% ? “J’ai été malade, ma mère a été malade, mon mari a été malade, mon fils a été malade. Je mérite un nouveau décor, ma mère mérite un nouveau décor, etc.” Lettre après lettre après lettre. D’interminables romans décrivant les maladies, les traitements, les souffrances, sans pudeur.
Tasses-toi mononc’ Descartes, aujourd’hui c’est pas Pepsi, aujourd’hui c’est “Je suis malade, donc je suis.”
Quand on est malades à ce point, et fiers de l’être, ou terrorisés à l’idée de le devenir parce qu’on nourrit une fixation nationale sur le sujet, le système de santé devient la priorité numéro un. Ça va de soi. Pourtant, aucun des partis n’en a fait un enjeu de top top top niveau. Sauf la CAQ, surtout à cause du docteur Barrette (en passant, pourrait-on lui ficher la paix avec son poids ? C’est grotesque d’appuyer là-dessus) et de la promesse de François Legault de dégraisser la bureaucratie.
La santé, c’est un champ de mine pour tous les partis. Jean Charest le sait fort bien, lui qui a fait de la santé sa priorité aux dernières élections. Or, à part les urgences, les listes d’attente (qui rapetissent) et la question des médecins de famille, trois points prioritaires certes, les Québécois sont bien soignés. Les choses vont moins mal que les médias ne le laissent entendre.
Les grands malades et les grands blessés le savent. Quand on arrive à l’urgence en pièces détachées suite à un accident d’auto, on n’attend pas. Au beau milieu d’une crise cardiaque ? On n’attend pas. Sur le point d’accoucher ? On n’attend pas. Ce sont les cas intermédiaires ou légers qui posent problème.
On attend quand on a la grippe, un pouce fêlé, un gros mal d’estomac. Depuis le début de l’assurance-maladie qu’on le répète: La majorité des cas vus à l’urgence ne sont pas des urgences. Le poids sur le système est considérable.
Difficile de nier que le système de santé a besoin d’une attention particulière. Mais surtout d’une bonne dose de courage politique. C’est la plus grosse dépense de l’État québécois. Pour ce que ça nous coûte, on est en droit de s’attendre à mieux.
Je crains que le courage politique ne prenne des vacances en août 2012. La course est trop serrée pour l’audace.
Pourquoi l’éducation n’est-elle pas la priorité Numero Uno au Québec ? Ça fait six mois que les étudiants nous rappellent bruyamment qu’ils existent. Non, la santé nous préoccupe plus que l’éducation.
Et pourtant, l’éducation demeure le meilleur remède à la plupart des bobos de l’être humain. La majorité des malades professionnels dans la société croupissent au bas de l’échelle sociale. “Je suis malade, donc je suis.”
Enfin, si la santé nous obsède tant, pourquoi ne pas s’organiser pour être moins malade ? En commençant par revoir ce que l’on mange. Par exemple, le midi, je me trouve souvent dans des foires alimentaires. Les auges, dit une amie. Les plus longues files d’attente s’étirent devant les commerces de Monsieur Sel et de Madame Gras. Les comptoirs de Monsieur Salade et de Poisson-O-Rama sont quasi déserts.
Je donne cet exemple, caricatural, soit, pour qu’on se rappelle qu’on peut réduire l’utilisation du système de santé en se prenant en main. Et peut-être dégager des ressources pour l’éducation qui elle, est très souffrante.
Qu’attendons-nous ? Que le système de santé le fasse pour nous ?
Bonjour,
Excellent article que je m’empresse de partager sur FB !
Je vais tenter une explication de notre obsession de la santé. Quand j’étais petite l’assurance-maladie n’existait pas, alors, on y pensait à deux fois avant d’aller consulter, et une maladie pouvait signifier la ruine d’une famille. Plusieurs québécois se rappellent de cette époque ou en ont subis les contrecoups ou en ont entendu parler.
Mon grand-papa que je n’ai pas connu est mort d’une longue maladie. Ma grand-maman a dû vendre la ferme et la maison familiale pour payer les factures de son hospitalisation et s’est retrouvée à travailler comme bonne à Westmount chez les riches tout en habitant Verdun chez les pauvres. Ma mère et toute sa fratrie ont été placés comme orphelins pauvre au couvent et ont été traités comme tel. Ben oui, les clichés ça vient de qq part et souvent de la réalité!
Alors, quand on a connu l’enfer d’une société sans système de santé et ensuite le paradis et qu’on nous brandi trop souvent que l’enfer va revenir avec un système privé et à deux vitesses, il ne faut pas se surprendre que la santé soit au cœur de nos préoccupations. Je pense que ce passé est omniprésent dans l’inconscient collectif.
C’est vrai que notre système est encore pas si mal et qu’on va être soigné en cas d’urgence, mais si on souffre de douleur chronique en attendant une opération, on va attendre trop longtemps, si on souffre d’inquiétudes à cause d’une bosse ici ou une douleur là, on peut attendre des mois et des années avant de pouvoir passer un test de dépistage, par exemple on parle beaucoup de dépistage de cancer colorectal, mais essayez de prendre rendez-vous pour une colonoscopie de dépistage, il y a plus d’un an d’attente!
D’ailleurs le privé profite de notre inquiétude. Je connais beaucoup de femmes qui sont sur le programme de dépistage du cancer du sein et qui se sont fait dire que leur mammo était pas concluante et qu’il fallait passer une échographie. On leur donnait 2 choix, vous allez à l’hôpital et vous attendrez un an ou on vous le fait tout de suite au privé. C’est arrivé à tellement de femmes autour de moi, y compris moi, que je trouve que ça sent le racket!
Le système de santé a besoin de courage politique parce qu’il faut rendre les hauts fonctionnaires et les cadres supérieurs des hôpitaux imputables de leur gestion, car, il y a beaucoup d’aberrations dans les dépenses et de mauvaise gestion à corriger. Il faut moins de comptables, moins de paliers de gestion et plus de visionnaires!!!!
“Je crains que le courage politique ne prenne des vacances en août 2012″
Ca fait longtemps que les politiciens n’ont plus de courage. La politique est partisane ….
Pour la santé, la population vieillie, vous le savez, alors c’est encore une fois de la politique partisane.
Pour l’éducation, je suis d’accord avec vous. Elle doit être une priorité. Et je crois que la maternelle à 4 ans de Pauline ne soit pas la bonne solution. Institutionaliser les enfants dans les CPE à partir de 1 ans et à la garderie à 4 ans. Est-ce que les enfants peuvent vivre leur enfance ?
Pour le système de santé, vos exemples sont corrects pour les urgences. Mais pas pour l’ensemble du système que je ne connais pas suffisamment pour en dire quoi que soit.