Le malaise Marois

- 3 août 2012

Arrêtez les presses: Le candidat péquiste Serge Cardin a déclaré que des Québécois n’étaient pas prêts à élire une femme à la tête de l’État. Scandale !

Ça va faire la rectitude politique. Il n’a dit que la vérité.

Il a dit que des Québécois n’étaient peut-être pas prêts à avoir une femme première ministre. Il n’a pas dit que madame Marois n’était pas prête elle, à devenir première ministre.

Je trouve bien pire qu’il ait accepté de s’excuser d’avoir dit ce qu’il n’a pas dit. (NOTE: À bien y penser, le pire du pire c’est qu’on lui ait demandé de s’excuser d’avoir dit ce qu’il n’a pas dit !)

J’y crois moi, que certains Québécois, et plus qu’on n’aimerait le penser, ne sont pas chauds à l’idée d’avoir une femme première ministre. Il y a des Québécois (ses) misogynes comme il y a des Québécois homophobes, des Québécois racistes, des Québécois islamophobes, des Québécois antisémites.

Comme il existe des Québécois menteurs, voleurs, crétins, etc.

Arrêtons de penser que nous sommes le Plus Pur Peuple d’Amérique du nord. Sur huit millions d’individus, des milliers d’hommes ET de femmes n’ont pas encore accepté la modernité. Juste un pour cent de tatas finis, et il y en a plus que ça, c’est quand même 80 000 personnes. Mathématique.

Quand on sait que près de la moitié des Québécois ne peuvent lire et comprendre un texte de difficulté moyenne, on peut dire sans se tromper que la fermeture d’esprit de certains et de certaines s’explique par un déficit d’éducation.

Notre système d’éducation est en déclin depuis 40 ans: Faut-il s’étonner que l’ignorance se soit répandue depuis ?

Le problème de Pauline, c’est qu’il existe un malaise Marois. Insidieux, diffus, ce malaise perdure depuis si longtemps qu’on a oublié ce qui nous démange exactement. Foulards trop griffés, maison trop luxueuse, mari qui a trop réussi, toilettes trop chères constituent encore la base de son problème d’image. Et ça ne lui décolle pas de la peau. Un p’tit tour sur les réseaux sociaux vous en convaincra.

Ça, c’est le volet sexisme du malaise Marois. Je me tue à le répéter: C’est quand la dernière fois que vous avez refusé de voter pour un homme parce que ces cravates étaient trop belles, sa maison trop grande, sa femme trop fortunée et son bureau trop luxueux ?

Et pourtant, on continue à répandre ces âneries. Et ce sont surtout les femmes qui le font. Désolée d’avoir à le dire.

Critiquer son parcours politique, par contre, c’est de bonne guerre. On ne peut avoir passé tant d’années au service du Québec, parce que faire de la politique, c’est ça, sans commettre des erreurs. Small, medium, large. Mais tant que ses électeurs et son parti continuent d’avoir confiance en elle, madame Marois occupe sa place en toute légitimité.

La politique, c’est très simple. Tu fais l’affaire, t’es élu. Tu ne fais plus l’affaire, t’es dehors. Or madame Marois représente une circonscription depuis 1981. Croche, pas croche. Fine, pas fine. Ça fait 30 ans que des électeurs disent oui à madame Marois. Ça compte, non ?

Le malaise Marois est insaisissable. Elle sait être hargneuse envers l’ennemi. Elle sait sûrement mentir pour la cause. Elle sait très bien manipuler pour arriver à ses fins. Comme tout politicien ayant le moindre talent pour son métier.

On l’entend tous les jours: Mais le courant ne passe juste pas.

Mais, cette fois, elle a pris des décisions politiques qui vont bien au-delà de la manipulation ordinaire. Depuis le début de la crise étudiante, Pauline Marois a combiné un phénoménal opportunisme politique et un grave manque de jugement.

Comment a-t-elle pu porter le carré rouge et taper de la casserole, sachant fort bien qu’en ce faisant, elle ne pouvait plus jamais prétendre vouloir représenter tous les Québécois ?

Une belle job de peinture rouge dans le coin gauche.

Mais ça va plus loin. Le coin est plus grand qu’à première vue. C’est tout le PQ qui y loge. Pensons-y, quand le Parti Québécois se met en mode élection tant soit peu référendaire, comme maintenant, il affiche  exactement le même message. “Nous ne sommes pas le parti de tous les Québécois. Nous sommes le parti des souverainistes.”

Le message des Libéraux et de la CAQ est beaucoup moins tranchant. Le statu quo, c’est moins menaçant.

En cette élection, ce paradoxe nous saute au visage plus que jamais. Nombre de Québécois qui ne sont pas souverainistes ne pourront se résigner à réélire les Libéraux à cause de la corruption et de l’usure qui vient après neuf ans au pouvoir. Tous n’iront pas à la CAQ. Beaucoup vont se pincer le nez et mettre leur X à côté du nom du candidat péquiste. Sans vouloir pour un instant que le Québec se sépare du Canada.

L’inverse n’arrive jamais.

Mais revenons au strict malaise Marois: Je crois que la chef du Parti Québécois ne sait pas, ou ne veut pas, se faire séductrice. Elle ne vise pas notre coeur, comme René Lévesque et Lucien Bouchard et même Jacques Parizeau savaient si bien le faire. Peut-être qu’elle n’ose pas emprunter ce chemin parce qu’elle est une femme. Mais la séduction de l’électorat est LA composante de base de toute stratégie politique. L’électeur ne se nourrit pas que de statistiques, d’accusations partisanes et de promesses. Il veut qu’on lui fasse les yeux doux. Il veut se sentir aimé. Voulu.

Or, elle a tout le charme politique d’un 2 x 4

La séduction, c’est encore plus important quand on ne peut plus dire à l’ensemble des Québécois qu’on sera le représentant de tous, tout le temps, parce qu’on a porté le carré rouge.

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7 commentaires

  1. le nationaliste dit :

    “Je trouve bien pire qu’il ait accepté de s’excuser d’avoir dit ce qu’il n’a pas dit.”

    Moi aussi.

    “J’y crois moi, que certains Québécois, et plus qu’on n’aimerait le penser, ne sont pas chauds à l’idée d’avoir une femme première ministre”

    Moi aussi

    “Quand on sait que près de la moitié des Québécois ne peuvent lire et comprendre un texte de difficulté moyenne, on peut dire sans se tromper que la fermeture d’esprit de certains et de certaines s’explique par un déficit d’éducation.”

    C’est de la discrimination. Bien des hommes instruits sont mysogines. Ca n’a rien à voir avec l’éducation. La mysoginie est souvent le fruit de frustrations personnelles. Et il existe aussi de très vieux très conservateurs qui ne sont plus capables d’évoluer depuis trop longtemps.

  2. Bernard Théroux dit :

    Ce que je trouve malsain c’est le fait de me justifier de ne pas être sexiste parceque je ne veut pas voter pour Mme Marois.

    Je me sent comme une fille obligé de se justifier de ne pas être “stock-up” parce qu’à veut pas baiser avec un gars.

    J’ai tu le droit?! Je l’aime pas c’est toute!!!

  3. Comte Diderot dit :

    J’envie la richesse et l’opulence dans laquelle vit Mme. Marois. J’aime l’argent, mais je ne suis pas prêt à tout pour en obtenir.

    Celà dit, je n’aime pas Mme. Marois, car je la trouve incompétente et surtout, non bilingue. Une journée, elle est pour l’indexation des frais, l’autre journée, le gel. Pour l’exploitation du pétrole, et contre l’autre fois.

    Jamais non plus je n’ai entendu Mme. Marois nous parler des Warriors de Oka. Qu’adviendra-t-il d’eux dans un pays de Québec. Et des Cris qui ne parlent qu’englais. Voudront-ils d’un pays de Québec, ou voudront-ils faire leur propre pays au sin d’un Québec souverain?

  4. Lorraine Couture dit :

    Ce matin, votre billet sur le « malaise Marois » me reste en travers de la gorge. Et m’attriste beaucoup.

    Même si vous l’enrobez d’arguments puisés dans les dires de certaines personnes incultes et ignorantes, vous abordez votre sujet en oblique, déversant de la bile surie fabriquée par des phallocrates avachis.

    L’acharnement imbécile et obstiné contre « l’image » de madame Marois entretenu ce matin dans votre billet oblige toutes les femmes à toujours se remettre en question, à vouloir se métamorphoser afin de devenir la femme idéalisée, érotique que beaucoup d’hommes se font d’elles.

    Madame Marois n’a aucun problème d’image, ni de manières, ni de style. Du charme politique ? Comme René Lévesque ! Faudrait relire sa biographie à celui-là…

    Une femme politique du calibre de madame Marois n’a pas à se poser les questions réservées aux femmes en quête d’apparence flatteuse et illusoire :
    Suis-je assez belle, assez fine, assez séductrice, assez aimable, assez douce, assez sexy, assez serviable ?

    D’après vous, qu’est-ce qui manque à Pauline que les autres séducteurs du Parti québécois avaient ? Un attribut divin ? Oh pardon, pénien ?

    Madame Marois est une grande dame, une géante parmi des nains masculins. Son itinéraire politique brillant et courageux et l’œuvre immense qu’elle a accomplie pour le Québec méritent notre admiration.

    Au lieu de s’en prendre à « l’image » de madame Marois, beaucoup de journalistes, et surtout des féministes avérées et éclairées comme vous, pourraient dénoncer la bêtise notoire et incurable de certains candidats mâles se présentant au prochain scrutin.

    D’après moi, sur « l’image » de madame Marois, des blogueurs, des commentateurs et des journalistes ne font que masquer l’odeur écoeurante des dérives politiques perpétuées au Québec par des élus masculins depuis des décennies.

    Le courant va passer entre Pauline et le peuple québécois !

  5. Lise Ravary dit :

    Je ne vois pas comment mon billet est anti-femme. Quand je parle de séduction de l’électorat, ça n’a rien à voir avec l’apparence, le sex appeal, les vêtements. Pas du tout la même chose que de séduire une personne qui nous plaît. La séduction en politique, c’est une manière d’être. De parler. Le choix des mots. Les silences entre les mots. René Lévesque qui n’avait rien de George Clooney savait charmer les Québécois.

    Peut-être est-ce une question d’un déficit de charisme.

    Mais madame Marois n’a pas à jouer du mollet pour se faire élire.

  6. Comme dans la vie, la séduction en politique est beaucoup une affaire de confiance en soi. Ne pas chercher à être autre que soi-même, ne pas chercher à plaire à tout prix…

    Dès qu’on critique son image, Mme Marois réagit en modifiant son comportement ou son apparence. Elle cherche à plaire davantage (ou à ne pas déplaire), souvent avec maladresse. Cela la fait apparaitre comme insécure. Elle ferait mieux de balayer ces critiques du revers de la main et de ne rien changer du tout !

    Lévesque, Bouchard et Parizeau n’ont jamais tenté de devenir quelqu’un d’autre et n’ont pas tenté de changer leur comportement à la moindre critique. C’est probablement ce qu’on attend de nos dirigeants, que ce soit conscient ou pas…

  7. Nycole dit :

    En ce qui me concerne, madame Marois ne me semble pas une personne authentique, je la trouve toute préfabriquée: j’ai l’impression désagréable que pour parvenir à ses fins elle serait prète à faire ou dire presque n’importe quoi (elle est pleine de plans de match B-C-D-E etc…..) selon les situations et les réactions de la population. Lorsque je la regarde, je ne peux m’empêcher de la trouver «FAUSSE». Les politiciens ne disent pas vraiment la vérité (peu s’en faut) mais elle, je trouve qu’elle est difficile à battre.

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