24 heures et quelques stratégies.

- 2 août 2012

Déjà 24h depuis le déclenchement de la campagne. Les stratégies se précisent. Enfin presque.

Le PLQ jouera la carte de la loi et de l’ordre. Il se pose en gardien de la démocratie, de la prospérité, du fédéralisme et de l’ordre établi contre la tentation du chaos. Le talent et l’habileté rhétoriques de Jean Charest sont indéniables. Il fallait l’entendre hier pour savoir qu’il n’est pas battu. L’élection est transformée en référendum historique sur la démocratie québécoise, dont le PLQ serait le seul gardien. Elle est aussi transformée en référendum sur la crise étudiante que le gouvernement libéral aurait géré de manière exemplaire et qui devrait désormais recevoir la caution d’une «majorité silencieuse» à laquelle on voue actuellement bien des incantations. Déjà, cette stratégie porte ses fruits auprès d’une partie de l’électorat, qui s’est convaincue d’une chose : le PLQ est la pire solution à l’exception de toutes les autres. On le savait depuis longtemps : la gauche radicale est la meilleure alliée du PLQ, qui récupère à son avantage l’exaspération qu’elle suscite dans la population. Un avertissement toutefois : lorsqu’on utilise une stratégie grossière, mieux vaut le faire avec finesse. Il peut arriver, sinon, que le peuple sente qu’on se moque de lui.

Le PQ, pour l’instant, parle de changement. Il mise sur une chose : le désir d’en finir avec Jean Charest. Ce désir existe dans la population. On connait son programme identitaire et social, qui a le mérite de la consistance. Sa plate-forme électorale semble moins évidente. Sur quoi Pauline Marois fera-t-elle campagne? Le salut public par un retour à l’intégrité? C’est une bonne manière de commencer une campagne. Il est difficile de croire qu’elle ne s’essoufflera pas rapidement. Il faudra aussi qu’elle se délivre vite de sa mauvaise réputation acquise dans la crise étudiante. Jean Charest veut la transformer en femme faible devant le hurlement des factieux de la gauche extrême. Elle devra renverser le fardeau de la preuve. Et ramener au cœur de la campagne le bilan du Parti libéral. Plus la campagne s’affranchira de la crise des derniers mois, plus le PQ y trouvera ses aises et se posera comme le lieu de rassemblement inévitable de ceux qui veulent battre Jean Charest. Le PQ doit se présenter comme le lieu privilégié du vote stratégique. J’ajoute une chose : s’il se met sur la défensive à cause de son nationalisme, comme s’il ne savait qu’en faire, il perdra. Un parti qui s’excuse d’exister, personne n’en veut. Cela ne veut pas dire pour autant qu’il doit faire sa campagne sur l’indépendance. Manifestement, les Québécois ne sont pas occupés à penser à cela.

La CAQ, elle, mise sur le grand ménage. Hier, François Legault ne manquait pas clarté : pour lui, l’heure est venue d’en finir avec une classe politique qu’il croit exclusivement obsédée par la question nationale. Aussi insatisfaisante soit-elle, cette analyse correspond au sentiment d’une partie de la population. Celle que veut séduire la CAQ. Le slogan, bien trouvé, correspond à cet état d’esprit : «C’est assez.  Faut que ça change». On mise à la fois sur l’exaspération populaire et sur un clin d’œil à la Révolution tranquille. Sortez les sortants. Et relançons le Québec. Marquons une rupture avec la bureaucratie. Avec les corporatismes.  Le Québec va mal. L’heure est à l’effort. On parle à la base adéquiste. Mais plus largement, à ceux qui ne se reconnaissent plus dans les débats du Québec officiel. Il ne s’agit pas seulement du parti qui propose un changement de gouvernement, mais un changement d’époque. Il n’est pas interdit de penser que la CAQ sera la surprise de la campagne. À tout le moins, l’instabilité de l’électorat lui permet de l’espérer.

QS mise sur un effondrement du PQ. Son calcul semble le suivant : que la gauche nationaliste se convainque de la défaite inévitable du PQ et préfère un vote de conviction à un vote stratégique. Son slogan, Debout, en appelle à un sursaut de fierté nationale chez ceux qui sont sensibles à ce discours. Son électorat, c’est à la fois la gauche urbaine sophistiquée et la gauche nationale-populaire des comtés francophones de Montréal. Option nationale mise aussi sur l’effondrement du PQ. Elle risque toutefois d’être la grande négligée de la campagne. Pour l’instant, Jean-Martin Aussant ne semble pas le bienvenu au débat des chefs. Il y a pourtant sa place, si on tient compte du fait que Françoise David y sera aussi. ON misera sur les réseaux sociaux. Toutefois, dans la mesure où elle ne vise l’élection que de son chef, dans un comté où il est estimé, Option nationale pourrait sortir heureuse de cette élection.

Premier bilan donc. Nous saurons probablement d’ici lundi qui vient lequel des trois partis a imposé ses thèmes. Lequel est à l’offensive, lequel est à la défensive. Qu’on le veuille ou non, la politique est aussi un jeu. Rarement une élection aura porté une aussi grande part d’incertitude. Rarement la stratégie des uns et des autres pourra autant dévier ce que l’on nomme les tendances lourdes d’une société. La fracture de l’électorat francophone rend tout possible. Il n’est plus nécessaire de convaincre une majorité de l’électorat pour gagner. Mais de mobiliser sa base, de l’élargir un peu chez les abstentionnistes, et de voler à l’adversaire dont on est le plus proche ses appuis les plus fragiles. Cette campagne sera celle des stratèges, des coups fourrés, des coups de gueule et de la polarisation idéologique.

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