Politiciens et citoyens dans la société numérique
L’invention de l’écriture (avec l’agriculture) a permis de sortir des cavernes pour créer villes et états, celle de l’imprimerie (avec l’usage de l’énergie fossile) a abouti aux sociétés industrielles et démocratiques. Les technologies numériques vont changer nos sociétés autant que l’écriture et l’imprimerie, mais comment ? Pour une société plus hiérarchisée, inégalitaire, violente, soumise aux diktats des possédants, ou pour une société plus collaborative et respectueuse de chacun et de la planète ? Il s’agit là de choix politiques que les citoyens peuvent influencer, voire provoquer.
Les indices de l’évolution dans la première direction grâce au numérique ne manquent pas : main-mise des multinationales sur les connaissances commercialisables (complot ACTA sur l’usage des brevets et droits d’auteur), spéculation financière, centralisation médiatique, perte de la vie privée.
Les politiciens en sont responsables par les lois qu’ils votent sous l’influence des positions acquises, des lobbys ou l’alibi de l’orthodoxie économique et de la sécurité. Responsabilité partagée par les citoyens mal informés qui les laissent faire.
Mais il y a aussi une évolution dans l’autre direction. Pour comprendre il faut prendre conscience de la nature du numérique qui réduit à presque zéro le coût de copie et stockage des informations de toutes sortes, permet leur circulation instantanée sans limite, implique l’usage d’un artefact, le logiciel. D’un côté il pave la voie au partage, à la collaboration, à la transparence, d’un autre il autorise le contrôle via la maîtrise des normes et du logiciel.
Un des enjeux de la campagne en cours est la corruption, pour la combattre on peut légiférer ou enquêter, mais aussi tabler sur la transparence. Il existe un mouvement international, que permet le numérique, les données ouvertes dont l’objectif est de donner au citoyen le moyen de participer à la gérance des ressources publiques. Il est reconnu par notre gouvernement, pourquoi en entend-on aussi peu parler dans les médias ?
Sans militer pour Anonymous ou le parti pirate, il y a pourtant là un moyen puissant et abordable de révolutionner les mœurs et pratiques politiques dans le sens des aspirations des citoyens.
Autre enjeu, les dépenses publiques. Il existe de nombreux logiciels libres développés suivant un modèle de partage qui a fait ses preuves et permet d’éviter de coûteuses rentes de monopole tout en garantissant la pérennité de l’accès au « patrimoine numérique ». C’est connu dans le gouvernement et les partis politiques, mais comme les citoyens en sont souvent ignorants, que l’impact économique reste caché et que changer de logiciel est jugé trop difficile : mutisme général. Et pourtant notre liberté à venir dépend du logiciel et des normes.
Ainsi, nos écoles comme notre gouvernement devraient n’utiliser que des normes et du logiciel libre, les objectifs pédagogiques et de pérennité l’imposent, les économies à moyen et long terme le justifient, mais cela ouvrirait la porte à une culture libre qui, en favorisant les activités locales, entraverait le champs des puissantes multinationales et de leurs profiteurs qui nous abreuvent de gadgets « indispensables» et le «fun», périmés dès leur sortie.
Daniel Pascot est professeur titulaire, Département des systèmes d’information organisationnels, Université Laval. Il est aussi président de Facil (Facil: pour l’appropriation collective de l’informatique libre). Il s’exprime à titre de citoyen.
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Régulièrement, à l’invitation du Journal, nous publierons dans ce blogue le billet d’un citoyen connu.
Le thème choisi: Mes élections.
Les invités ont carte blanche quant au choix des mots.
Nous tenons toutefois à vous rappeler que le Journal n’endosse ni ne prend position sur les opinions ou sujets exprimés dans ce billet.
J’aimerais bien connaître la position des partis au sujet des logiciels libres.
La loi 133, qui devait favoriser l’adoption des logiciels libres, a été fortement affaiblie par le décret 1111-2011 qui permet au gouvernement de contourner la procédure normale et d’aller de l’avant avec un appel d’offres exclusivement réservé à Microsoft pour équiper tous les députés et leur personnel. (src: http://allezvoter.com/me-il-se-doit/#58).