Pourquoi tant de hâte: l’avantage de s’afficher le premier

- 1 août 2012

À chaque campagne électorale, les principaux partis politiques investissent des centaines de milliers de dollars pour afficher leurs couleurs dans le paysage, tant urbain que rural. Malgré la prolifération des médias d’information, malgré l’entrée en scène des médias sociaux, l’affichage électoral n’est pas prêt de déserter les poteaux et les bordures de routes.

Un des paradoxes du monde des communications est que l’affichage n’est plus considéré comme un outil de première ligne ailleurs que dans le monde électoral québécois. En publicité, en marketing, une affiche est un outil de fidélisation à une grande marque déjà connue, elle sert de présence de troisième niveau dans une campagne. Une affiche n’est jamais utilisée en départ de campagne. Pourtant, dans une élection, au Québec, les affiches sont le premier outil de diffusion employé. Pourquoi?

Plusieurs raisons expliquent ce phénomène qui apparaît au jour un (ou même avant) d’une campagne électorale chez nous.

Contourner le « black-out » médiatique

Beaucoup ont dû s’étonner de voir des affiches une journée ou même deux avant le déclenchement de la campagne électorale actuelle, se demandant si c’était légal. Ça l’est tout à fait; l’affichage échappe aux règles strictes des campagnes publicitaires partisanes. Autant la loi sur les dépenses électorales est stricte quant aux budgets permis, autant elle ne limite en rien l’affichage. Celui-ci n’est régi que par les réglementations municipales.

Une autre bonne raison est l’interdiction, toujours dans la loi électorale, de faire de la publicité via les médias pour les 7 jours qui suivent le décret proclamant les élections. L’affichage n’étant pas considéré comme de la publicité, il devient l’outil de communication privilégié, bien qu’anachronique, de départ de campagne électorale.

Remporter le premier round

Pendant la trentaine de jours que durera la campagne, plusieurs éléments viendront influencer l’opinion des électeurs. Le premier défi consiste donc à remporter l’épreuve de l’affichage. En s’affichant tôt, partout sur le territoire, les partis politiques indiquent qu’ils sont prêts, organisés, sérieux, même si, reconnaissons-le, le parti au pouvoir dispose toujours d’une certaine longueur d’avance, étant le seul à connaître avant tout le monde la date du déclenchement des élections. Par contre, pour l’élection 2012, cette annonce était un secret de polichinelle et ce sont les partis d’opposition qui ont affiché les premiers.

Pour les militants qui se préparent depuis plusieurs semaines, l’apparition des pancartes représente le véritable départ de la course. Pour cette raison, chaque organisation locale déploie énormément d’énergie pour s’afficher en premier, occuper les meilleurs emplacements et ainsi démontrer la force de son organisation aux électeurs et aux adversaires

Comme tout bon public, les électeurs ont besoin d’être « réchauffés » avant de s’intéresser à la campagne électorale, surtout lorsque celle-ci débute pendant la saison des vacances… En quittant leur domicile un bon matin, les électeurs seront confrontés à la réalité : la campagne est commencée ! Cela dit, au-delà de la propagande, l’affichage joue un rôle d’information en rappelant aux électeurs quelle est leur circonscription, les noms des principaux candidats en lice et la date du scrutin. Dans les médias du lendemain, journalistes et experts se prononceront sur l’efficacité du message, la qualité du graphisme et le choix des couleurs. Mais pour recevoir cette première note, encore faut-il s’afficher à temps.

Pour plus d’informations sur la Loi électorale et les règlements électoraux : http://www.electionsquebec.qc.ca/francais/lois/provincial.php

L’Équipe d’Octane Stratégies

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1 commentaire

  1. Savante analyse mais il y a un élément qui vous a échappé. Je m’explique. Lorsque je me suis porté candidat dans Outremont lors de l’élection fédérale de 2008, je croyais moi aussi que les affiches étaient un épiphénomène ringard et dépassé. Comme nous n’avions pas beaucoup de ressources, nous avons décidé de limiter notre nombre d’affiches et de n’en placer que dans des endroits stratégiques alors que mon adversaire (Thomas Mulcair) avait tapissé la circonscription de ses affiches(y compris les abords du cimetière Côte des Neiges).
    Erreur grossière! Pas une journée ne passait sans que sur le terrain je me fasse litéralement engueler par des êlecteurs parce qu’il n’y avait pas d’affiche sur leur rue. Ils étaient insultés! C’est comme si on leur avait dit:” vous n’êtes pas assez importants pour que l’on gaspille une affiche sur votre rue.” Nous en avons imprimé d’autres à toute vitesse mais le mal était fait: nous avions perdu la bataille des affiches et projeté l’image d’un parti mal organisé. Au plaisir de vous lire.

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