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Jean Charest dans le coffre d’un char, comme Pierre Laporte (VIDÉO)

- 1 juin 2012

 

 

Une chanson qui parle du PM dans un coffre d’auto doit-elle être prise au deuxième degré? C’est la question que je me pose dans le Journal de ce matin au sujet de la chason Charest dans un coffre de char, de Navet Confit et Géraldine.

 

Les artistes à l’origine de la chanson ont réagi avec finesse et ouverture à mon article. Mais ça ne me convainc toujours pas.

 

Voici leur réponse. Personnellement, la vue de deux personnes cagoulées aux côtés d’un premier ministre, j’ai de la difficulté à percevoir ça comme un signe de “réconfort”.

 

Bonjour Madame Durocher,

Tout d’abord, nous aimerions vous remercier pour le titre de votre article qui nous a bien fait rire. Nous adorons tous deux les calembours. Aussi, il est très flatteur d’être comparé à Richard Desjardins. Ça ne nous était jamais arrivé.

Le fait que cette chanson crée un certain inconfort à votre égard est à notre avis un signe de bonne santé mentale. Si vous connaissez notre oeuvre et notre démarche artistique, vous savez que nous aimons, depuis plusieurs années, nous mettre dans des positions inconfortables, et jouer avec le malaise. Nous tentons d’exorciser de façon ludique les contradictions du monde dans lequel nous vivons.

Ce que l’on chante doit rarement être pris au premier degré. Dans le cas qui nous occupe par exemple, nous ne souhaitons évidemment pas la mort de notre Premier Ministre (on lui flatte même le ventre dans le clip, comme pour le réconforter).

Si nous avons décidé de juxtaposer ce slogan violent à une musique dance insipide et clichée, c’est pour souligner d’une part qu’on scande des phrases parfois sans en saisir le sens profond (et avec la répétition, le sens se perd), et d’une autre part pour critiquer les chansons vides et “sur-mesure” qu’on ne cesse d’entendre à la radio commerciale, les fameux summer hits.

Pour répondre à votre question : “est-ce qu’on est vraiment censé trouver ça drôle?” Nous considérons qu’il n’y a pas de bonne ou de mauvaise réponse. Vous pouvez rire ou ne pas rire, de la manière que vous voulez; nous souhaitons que cet « hymne douteux » fasse réagir. Nous sommes nous-mêmes mal à l’aise par rapport à ce slogan. Il n’est pas drôle. Ou à la limite, on peut dire que c’est d’un humour très noir. Il montre à quel point un peuple qui ne s’intéressait pas à la politique il y a quelque temps s’est radicalisé, avec la crise actuelle et les mesures restrictives de la fameuse loi 78.

Concernant la responsabilité sociale de l’artiste; nous nous sentons la responsabilité d’émouvoir, de susciter la réflexion, de rassembler ou de diviser… Nous aurions pu créer une oeuvre plus douce sur le conflit, comme certains artistes d’ici l’ont déjà fait. Mais que voulez-vous, nous avons toujours été portés vers la subversion. Nous croyons que le public québécois, qui a accès à notre oeuvre, est intelligent, articulé et capable de remettre en question ce qu’il entend. Nous sommes conscients que la subversion peut entraîner quelques écarts d’interprétation, ce que nous assumons pleinement dans notre création.

Si la situation politique actuelle ne nous avait pas autant interpellé, nous n’aurions même pas pris la peine d’enregistrer une seule note. Nous tenons d’ailleurs à féliciter et encourager les québécoises et québécois qui persévèrent à travers ce conflit de façon pacifique, en espérant une sortie de crise.

Cette chanson n’est pas une prise de position, mais plutôt un questionnement sur la situation.

Si ce slogan questionne les limites du mauvais goût, est-ce que cette chanson l’encourage?

Géraldine & Navet

xx