Nouveau modèle et premières projections montrent qu’un PQ dirigé par PKP pourrait remporter une majorité

- 21 novembre 2014

Voici le nouveau modèle pour le Québec. Il s’agît d’un modèle très préliminaire qui va bien sûr être modifié d’ici la prochaine élection et qui contient probabement quelques erreurs. Le modèle utilise les données des élections de 2008, 2012 et 2014 et inclut des effets régionaux et pour être un député sortant. Vous pouvez l’essayer vous-mêmes avec le nouveau simulateur. Si vous remarqez des erreurs ou des incohérences, vous pouvez me le faire savoir par commentaires ou sur facebook/twitter (le meilleur moyen de me joindre).

Histoire d’essayer le nouveau modèle, j’utilise le dernier sondage Léger (dont je parlais récemment) et le Crop d’hier. Ces sondages montrent somme toute une situation similaire avec le PLQ en avance, loin devant le PQ et la CAQ. Quant à QS, ce parti se retrouve à 10% chez Léger et 14% chez Crop. Pour ces premières projections, j’ai simplement fait la moyenne de ces sondages. Le Léger contient également des questions concernant la course à la chefferie du PQ et montre que Pierre Karl Péladeau est de loin en avance sur ses rivaux. Aussi, un PQ dirigé par PKP pourrait guider ce parti vers la victoire (et possiblement une majorité).

Avant de regarder les détails, je tiens à préciser qu’au-delà du fait que le modèle en est à sa première version, il faut se souvenir que ce genre de projections restent sujettes à de nombreuses incertitudes. De plus, nous parlons ici de projections alors que la prochaine élection n’aura pas lieu avant au moins 4 ans. Qui plus est, j’utilise un sondage avec une question hypothétique (Si PKP était chef du PQ…). Tout ça pour dire qu’il ne faudrait pas donner à ces résultats une trop grande importance.

Quoiqu’il en soit, voici les projections en se basant sur ces sondages. Comme d’habitude, les probabilités sont obtenues via 5000 simulations qui tiennent compte de l’incertitude des sondages mais aussi du mode de scrutin. Vous avez, dans l’ordre, les intentions de vote, les projections en sièges avec les intervales de confiance à 95% ainsi que les chances de gagner. Vu qu’aucun des sondages n’inclut ON ou le Parti Vert, j’ai simplement réparti les « autres » entre ces deux partis. Si les sondeurs continuent de ne plus les inclure, je devrai probablement les retirer du modèle.

Proj Qc 21 Nov 2014 white

Il est intéressant de constater que le PQ, malgré le fait qu’il se retrouve 3e en moyenne derrière le PLQ et la CAQ, aurait en fait légèrement davantage de chances de gagner que cette dernière. Il se peut que ce soit dû à l’efficacité du vote. Ou il se peut que le modèle ait besoin d’améliorations. Quoiqu’il en soit, il reste que le PLQ resterait le grandissime favori en cas de scrutin demain. Je trouvais amusant hier de voir les titres concernant le dernier sondage Crop (« Une cassure au PLQ »…) alors que ce parti reste en très bonne position. Les chances d’une majorité sont d’un peu moins de 50%. Aussi, QS grimpe à 4 sièges (les 3 actuels plus Hochelaga) et pourrait raisonnablement espérer remporter Laurier-Dorion ainsi que Rosemont.

Les projections détaillées sont disponibles ici.

Regardons maintenant le possible « effet PKP ». Le sondage Léger montre que PKP est non seulement le grand favori au sein des partisans PQ pour devenir le prochain chef (au point où, honnêtement, je ne suis pas sûr que la course ne soit pas déjà terminée), mais il montre également que PKP pourrait faire gagner le PQ. En effet, avec l’ex-patron de Quebecor à sa tête, le PQ augmenterait de 10 points alors que le PLQ et la CAQ baisseraient tous les deux. Spécifiquement, voici les changements en termes de votes, sièges et chances de gagner:

Changements avec PKP
Votes Sièges Chances de gagner
PLQ -6% -20 1.8%
PQ 10% 39 98.2%
CAQ -7% -18 0.0%
QS 1% -1

Les chances d’une majorité PQ seraient d’environ 80%.

Ces chiffres sont assez impressionnants. Je continue d’être sceptique concernant le nombre d’électeurs PLQ qui changeraient de bord si PKP était chef du Parti Québécois, mais il ne fait pas de doute qu’un PQ avec PKP a sa tête serait en meilleure posture pour remporter la prochaine élection. Je l’ai déjà mentionné par le passé, mais le PQ a besoin de conditions assez idéales pour remporter le plus de sièges de nos jours. Les 4 ou 5 dernières ont bien démontré cela. Le PLQ est rendu une machine à gagner qui, malgré de fortes fluctuations entre élections, continue d’avoir une efficacité du vote remarquable et un nombre de comtés assurés bien supérieurs à tous les autres partis. Le fait que le PQ n’a pu faire mieux qu’une mince victoire en 2012 alors que les conditions étaient pas mal idéales montre bien le problème qui attend la formation souverainiste. Il ne fait pas de doute selon moi que le PQ a besoin de changements majeurs. Est-ce que PKP est l’homme idéal pour apporter ces changements? Possiblement. En tous les cas, tant que les sondages continueront de montrer que cette formation remporterait le plus de siège avec PKP à sa tête, je doute que son avance s’effritera de beaucoup. Et peu importe qui deviendra le chef au mois de mai prochain,  il (ou elle) aura une marge de manoeuvre bien plus importante que ses prédécesseurs pour réformer le parti. Il faut cependant remarquer que même avec PKP, le PQ reste sous les 40%.

En conclusion, je crois qu’il est raisonnable d’affirmer actuellement que le PQ avec PKP a sa tête aurait de bien meilleures chances de remporter le prochain scrutin. Et le parti qui en souffrirait le plus est très probablement la CAQ. Au-delà de cela, il y a trop de « si » pour vraiment conclure quoique ce soit de plus.

Le PQ premier avec PKP?

- 16 novembre 2014

Alors que mon article la semaine passée expliquait que le mode de scrutin pour la course à la chefferie n’avantageait probablement pas Pierre Karl Péladeau, ce dernier semble bien vouloir se lancer. Comme quoi, soit PKP ne lit pas pas mon blogue, soit il pense pouvoir gagner malgré le mode de scrutin!

Et voici qu’un nouveau sondage Léger pour le compte du Devoir nous montre qu’un PQ dirigé par PKP serait en tête des intentions de votes. Regardons cela de plus près.

Premièrement, remarquons bien que le PQ se retrouve plus élevé que lors des derniers sondages, même sans PKP aux commandes. À 26%, le PQ est en fait au-dessus de son score du 7 avril. Les intentions de vote en général sont proches des résultats de la dernière élection. Le PLQ est certes en baisse (36%) alors que tous les autres sont en hausse (PQ à 26%, CAQ à 26% et QS à 10%), mais il n’y a rien de bien majeur. La remontée du PQ (sans avoir de chef) devrait inquiéter la CAQ et François Legault qui ne semblent pas capables d’unifier l’insatisfaction envers le gouvernement Couillard.

Pour la course à la chefferie, les répondants au sondage sont 31% à estimer que PKP ferait le meilleur chef. Un résultat légèrement supérieur aux « je ne sais pas » (28%). Parmi les autres candidats, déclarés ou non, aucun ne dépasse les 10%. La situation est ainsi très similaire à ce que je décrivais récemment. Ces résultats cependant sont pour tous les électeurs. Si on n’interroge que les partisans PQ (ceux qui ont le droit de choisir le chef), l’avance de PKP est énorme. Il récolterait en effet 59% des votes. Ce n’est pas la première fois que nous voyons une telle avance en faveur de l’ex patron de Quebecor. Si cela ne change pas rapidement, la longue course à la chefferie sera terminé avant même d’avoir réellement commencé.

La question fondamentale bien sûr est de savoir si PKP pourrait attirer des électeurs des autres partis. Il semble que ce soit bel et bien le cas car le PQ récolterait 36% des votes (un gain de 10 points) si PKP en était le chef. Les autres candidats potentiels (Lisée, Drainville et Cloutier) ont tous un impact négatif. Regardons l’effet PKP en détails:

Intentions de votes sans PKP Avec PKP variation
PLQ 36% 30% -6%
PQ 26% 36% 10%
CAQ 26% 19% -7%
QC 10% 11% 1%
autres 2% 3% 1%

Le PQ gagnerait ainsi 10 points, aux dépends du PLQ et de la CAQ. Dans les faits, ces deux partis baissent de 13 points collectivement. Il y a ainsi potentiellement des électeurs PQ qui changeraient d’option si PKP devenait chef (ils quitteraient pour QS par exemple). Mais de manière générale, PKP irait chercher des votes aussi bien au PLQ qu’a la CAQ. Cela peut paraître un peu surprenant. S’il est relativement normal de voir la CAQ perdre du terrain (un PQ avec PKP serait plus à droite, ce qui peut séduire les nationalistes de droite qui sont à la CAQ), il est plus difficile d’expliquer pourquoi des fédéralistes du PLQ opteraient maintenant pour le PQ. Après tout, PKP n’est pas reconnu comme un souverainiste mou.

Le sondage Léger montre d’ailleurs que seulement 3% des partisans PLQ voteraient PQ, alors que près de 22% des électeurs CAQ changeraient de parti. Je suis toujours méfiant de ce genre de questions et répartitions car bien souvent, elles n’ont pas vraiment de sens. C’est le cas ici. Le PLQ baisse de 6 points, mais seulement 3% (donc 3% de 36%=1 point) de ses électeurs opteraient pour le PQ? Où s’en vont les autres 4-5 points alors? Selon le tableau du sondage, il y aurait 8% des Libéraux qui voteraient alors pour QS!! Sérieusement, comment expliquer qu’une personne voterait PLQ si PKP n’était pas le chef du PQ mais QS si tel était le cas? Ça me rappelle une blague que l’on voit en statistique pour expliquer l’hypothèse des alternatives non pertinentes: vous allez au restaurant, le serveur vous dit que vous pouvez choisir du poisson, du poulet ou du boeuf. Vous prenez le poulet. Le serveur revient 5 minutes plus tard et vous informe que le poisson n’est pas disponible. Dans ce cas, vous répondez que vous prendrez le boeuf alors. Cela est ridicule, n’est-ce pas? Tout ça pour dire que je ne crois pas vraiment les données du tableau en page 22 du sondage.

Comparons l’effet PKP à ceux observés dans le comté de Saint-Jérôme (le comté de PKP depuis la dernière élection).

Saint-Jérôme 2012 2014 Variation Variation provinciale
PLQ 12.6% 20.0% 7.4% 10.3%
PQ 37.7% 36.8% -0.9% -6.6%
CAQ 40.0% 31.5% -8.5% -4.0%
QS 7.2% 10.8% 3.6% 1.3%

La présence de PKP dans Saint-Jérôme est probablement la principale raison pour laquelle le PQ a conservé ce comté. N’oublions pas que le 450 n’a pas été tendre avec la formation souverainiste et que la CAQ y a en fait fait des gains malgré une baisse généralisée de ses votes. Les projections avaient d’ailleurs la CAQ gagnante dans ce comté (ce qui est ironique vu que beaucoup de comtés projetés PQ ont finalement tournés CAQ. C’était genre l’exception qui confirmait la règle). La performance du candidat vedette du PQ (au cours d’une campagne où il avait été fortement visible mais également « responsable » pour lancer le débat référendaire dont Pauline Marois n’a jamais su se débarasser) est d’environ 5 points au-dessus de ce qui aurait été attendu d’un candidat PQ « normal ». Et ce bonus est pris relativement également à la CAQ (qui avait chuté bien davantage que dans le reste de la province et du 450) et au PLQ (qui avait moins progressé). Cela semble ainsi confirmer les résultats du sondage Léger (sauf bien sûr les détails en page 22). Il semblerait que PKP ait en effet la capacité d’aller chercher des votes tant à la CAQ qu’au PLQ.

Au final, ces sondages hypothétiques sont sujets à beaucoup d’incertitude. Et la prochaine élection n’aura pas lieu avant plusieurs années. Mais il semble que le PQ ait trouvé son favori pour la course à la chefferie. Et si les sondages continuent de montrer que PKP a non seulement le soutien d’une large majorité des membres PQ mais qu’en plus il pourrait faire gagner ce parti, je pense que l’on pourrait assister à un couronnement bien avant le mois de mai prochain.

Course à la chefferie du PQ: l’importance du mode de scrutin.

- 9 novembre 2014

La course à la chefferie du PQ ne fait que commencer (l’élection est dans 6 mois environ, les 13-15 mai pour le premier tour). Il y a 5 candidats officiellement déclarés, mais le grand favori n’a en fait pas encore annoncé. En effet, PKP n’est pas encore candidat bien que les sondages le placent largement en tête. Et je dis bien « pas encore » tant il serait surprenant qu’il ne se présente pas.

Le premier sondage, fait par Léger à la fin septembre, plaçait PKP à plus de 50% parmi les sympatisants PQ, loin devant tous les autres candidats potentiels (tous sous les 7%). Plus récemment, un sondage Crop trouvait que 28% des électeurs seraient davantage enclins à voter pour le PQ si PKP en était le chef. Là aussi, l’effet est bien supérieur à celui de tous les autres candidats. PKP pourrait créer un gain net de 8 points (28% plus probables et 20% moins probables), un effet non négligeable.

Premièrement, bien que la question posée par Crop soit intéressante, elle n’est vraiment pas directement comparable à la question posée par Léger. À l’avenir, il serait sympa si ces deux firmes pouvaient au moins poser la même question aux mêmes personnes (Léger demandait aux partisans PQ, Crop à tous les électeurs; Pour rappel, le PQ a décidé de ne pas faire des « primaires ouvertes » et seuls les membres du PQ pourront voter).

Le sondage Léger nous indique que PKP est le favori parmi les candidats. Mais le sondage ayant été fait avant même qu’aucun candidat n’annonce officiellement, il est raisonnable de penser que PKP profitait d’être le plus connu (bien que Jean-François Lisée ou Bernard Drainville ne sont de loin pas des inconnus). Tandis que le sondage Crop nous indique que PKP a le potentiel pour augmenter les appuis au PQ (et est en fait le seul qui semble pouvoir le faire). Ainsi, ces deux sondages sont vraiment complémentaires.

PKP semble en particulier apte à ralier les souverainistes. Ce qui n’est pas vraiment surprenant après la dernière campagne électorale. Sauf que réactiver le clivage souverainistes-fédéralistes n’est peut-être pas la meilleure stratégie pour reprendre le pouvoir. Mais c’est un autre débat.

PKP crée aussi la controverse sur plusieurs points, notamment le fait qu’il possède une bonne partie des médias au Québec. Sur cet enjeu, le sondage Crop nous indique qu’une majorité de Québécois (54%) trouve cela inacceptable (dont 30% qui sont dans la catégorie « tout à fait inacceptable »). La façon dont PKP a géré cet enjeu (et les autres crises) montre que Pierre Karl Péladeau n’est pas un candidat conformiste et qu’il ne cherche pas forcément à faire l’unaniminité. Son avance actuelle semble énorme, mais on peut se demander si nous ne verrons pas un effet « anything but PKP » au PQ à un moment ou à un autre. Lors des courses à la chefferie, ce genre d’effets n’est pas rare et PKP a pratiquement le profil parfait pour que cela se produise (nouveau au sein du parti; ayant des positions différentes, notamment sur le rôle du privé en santé; est le grandissime favori dès le début; etc).

Et c’est là que le mode de scrutin choisi par le PQ pourrait avoir son importance. Les règlements actuels ne sont pas super clairs. S’il est bien indiqué qu’un candidat doit recevoir plus de 50% des votes pour être élu au premier tour, les modalités du 2e tour sont moins claires. Le PQ semble avoir opté pour un mode de scrutin « à la française » où l’on garde les deux premiers candidats et on revote. Cela est différent des scrutins récents où les membres pouvaient classer les candidats dans l’ordre désiré et on ne faisait que redistribuer les votes. Avoir un vrai 2e tour, 5-6 jours plus tard, crée une dynamique différente. Pour PKP en particulier, cela signifie que s’il y a une bonne partie des membres du PQ qui sont contre lui, ils auront l’occasion de s’organiser et s’allier. Ce n’est pas sans rappeler Michael Ignatieff qui avait terminé en tête au premier tour mais n’avait pas réussi à récolter beaucoup de votes auprès de ses adversaires. Et si vous ne croyez pas que le mode de scrutin a son importance, l’exemple du PLC est pertinent. Si ce parti avait utilisé le mode de scrutin choisi par le PQ, Bob Rae aurait été élu au lieu de Dion (dans les deux cas cependant, je ne crois pas qu’Ignatieff avait une chance). Je ne dis pas ici que le mode de scrutin est l’élément le plus important, mais celui retenu par le PQ n’est potentiellement pas le meilleur pour PKP. Au cours de cette campagne, il va naturellement être la cible de toutes les critiques tant son avance est évidente. Avoir deux tours va permettre à son opposition de s’unir plus facilement que si les membres ne votaient qu’une seule fois (et qu’il fallait ainsi planifier la redistribution à l’avance). Ce système signifie aussi qu’un candidat consensuel mais terminant 3e sera directement éliminé (à l’inverse de Stéphane Dion pour le PLC qui avait grimpé de la 3e à la 2e puis 1ère place au fur et à mesure qu’on éliminait des candidats et revotait, le même jour).

Au fait, je trouve curieux d’avoir un vrai 2e tour mais aussi proche du 1er. Cela rend le processus plus compliqué (tout le monde doit revoter) sans pour autant laisser assez de temps pour une vraie campagne. Mais cela est au-delà de mon point pour ce billet.

En conclusion, PKP est de loin actuellement le favori pour devenir le prochain chef du PQ. Mais son profil et avance signifient qu’il pourrait fort bien se créer un mouvement « tous contre PKP » au sein de ce parti. Et dans ce cas-là, le mode de scrutin à deux tours n’est pas optimal pour PKP. Bien sûr, s’il conserve son avance actuel, il peut espérer être élu au premier tour. Ainsi, les autres candidats vont devoir travailler fort d’ici mai. Pour ma part, j’avoue que le mode à deux tours fera en sorte que mes projections seront plus intéressantes (tant et aussi longtemps qu’au moins un autre candidat réussisse à dépasser les 10%)

Efficacité du vote, un deuxième regard

- 2 novembre 2014

Il y a deux semaines, je portais un regard sur l’efficacité du vote au Québec. Et par là, je veux dire la transposition de votes en sièges. En utilisant les résultats des élections de 2003 à 2014, la conclusion était que le PLQ était de loin le parti le plus efficace et le plus stable. En moyenne, les Libéraux n’ont besoin que de 23,000 votes par sièges, alors que le PQ fluctue entre 22,000 (2007) et 36,000 (2014) par exemple.

Cela peut sembler surprenant car le PLQ « gaspille » une bonne part de ses votes dans l’Ouest de l’île, une région où il remporte tous les comtés par des majorités écrasantes. Cependant, il faut aussi bien se rendre compte que le PLQ a terminé premier (tant en termes de votes que de sièges) lors de 4 des 5 dernières élections (une statistique assez incroyable si on y pense). Le mode de scrutin récompense fortement le parti terminant premier et ainsi, la transposition votes-sièges est fortement influencée par cela. Il n’est pas étonnant que la seule fois où le PQ a été plus efficace que le PLQ est la seule fois où ce dernier n’a pas gagné (2012).

Il reste que la stabilité Libérale est remarquable. Surtout que ce parti a fluctué énormément en termes de pourcentages de votes (passant régulièrement de plus de 40% à seulement 30-33% etre deux élections). Dans les faits, le tableau de mon billet précécent illustre le fait que le PLQ fluctue essentiellement chez les francophones. En effet, à chaque fois que ce parti a gagné largement (2003, 2008 et 2014; c’est à dire en remportant plus de 40% des votes), son efficacité a été très élevée (aux alentours des 20,000 votes seulement par sièges). À l’inverse, lorsque ce parti se retrouve à seulement 30% (2007 et 2012), son efficacité est bien moindre. 2014 est un petit peu un cas hybride et explique pourquoi le PLQ n’a en fait pas remporté autant de sièges que l’on aurait pu croire avec une telle avance en termes de pourcentages de votes. Quand ce parti est à seulement 30%, il se retrouve 3e chez les francophones et une bonne partie de ses votes provient des anglophones (et ainsi, davantage de gaspillage proportionnellement). À l’inverse, lorsque ce parti est au-dessus des 40%, son efficacité augmente car ses gains se font dans les comtés francophones. En d’autres mots, le PLQ peut compter sur un nombre important de sièges assurés lorsqu’il est au plus bas et démontre une effiacité certaine à remporter des comtés francophones lorsqu’il est au plus fort.

La situation était tout autre avant 2003. En 1998 par exemple, le PLQ avait remporté le plus de votes mais n’avait pu empêcher le PQ de décrocher une majorité. Lors de cette élection, l’efficacité du PLQ n’avait été que de 37,000 (environ) par siège! Ainsi, le vote de ce parti a changé de manière importante entre 1998 et maintenant. Il ne faudrait pas non plus oublier une différence importante: la présence d’un autre grand parti avec l’ADQ/CAQ. Le changement d’un système à deux partis vers un système multi partis semble en fait avoir bénéficié les Libéraux. Ou ces derniers ont su mieux s’adapter. Il n’est pas surprenant de voir que ce parti a perdu toute motivation de réformer le mode de scrutin!

Quoiqu’en soit la raison, le PLQ actuel (et des dernières années) est une machine incroyablement difficile à battre. En particulier, les votes dans les comtés anglophones peuvent être considérés comme gaspillés, mais ils sont bien utiles et donnent un nombre important de comtés assurés même lorsque le PLQ est au plus bas. Il reste que si le PLQ et le PQ (ou la CAQ) étaient à égalité en termes de votes, il est vraisemblable que le PQ gagnerait. Mais cela est moins sûr que ça ne l’était dans les années 90 par exemple. Et surtout, il faudrait que le PQ ou la CAQ réussissent à obtenir autant de votes que le PLQ. Il semble que cela ne soit pas une chose facile.

Élection partielle dans Lévis: Le PQ au plus bas?

- 21 octobre 2014

levis partielle

L’élection partielle dans la circonscription de Lévis n’a pas créé de surprise. Je n’avais même pas couvert cette élection tant il était quasiment assuré que la CAQ conserverait son siège (victoire en avril et les sondages montraient la CAQ en progression).

Mais ce qui faisait office de nouvelles hier soir sur presque tous les médias était le résultat très faible du PQ. Avec seulement 8% des votes, la formation souverainiste se retrouve en effet bien loin des deux autres partis. Cependant, je ne suis pas sûr que l’on devrait y voir un quelconque message autre que celui déjà fournis par les sondages nationaux.

Regardons les résultats dans Lévis lors de l’élection générale du 7 avril dernier et hier soir:

7 avril 20 octobre
PLQ 34.9 32.5
PQ 16.6 8.3
CAQ 40.5 46.8
QS 6.2 7.7
participation 75% 46.30%

Le PLQ est stable alors que le PQ perd 7-8 points au profit de la CAQ. À première vue, la situation semble en effet très mauvaise pour le PQ. Si on parle en proportions, le PQ aurait ainsi perdu la moitié de ses appuis dans Lévis! Extrapolé à l’échelle de la province, le PQ se retrouverait probablement avec seulement 2 sièges.

Cependant, souvenons-nous que le PQ avait obtenu 25.4% des votes lors de l’élection générales. Or, les sondages montrent le PQ plutôt aux alentours des 20%, alors que la CAQ aurait grimpé à près de 30%. Si on applique un simple modèle de variation uniforme, on voit que le PQ serait ainsi projeté à seulement 11-12% dans Lévis.

De plus, la participation n’a pas été catastrophique pour une partielle (surtout une partielle seulement quelques mois après l’élection générale), mais le 46% est loin derrière le 75% d’avril dernier. Il est tout à fait raisonnable de penser que le PQ a été affecté différemment par cette baisse que le PLQ ou la CAQ. Pour cette dernière en particulier, conserver le siège donnait naturellement de la motivation à ses électeurs. En même temps, il ne faudrait pas non plus prétendre que seuls les électeurs péquistes sont restés chez eux. Faisons un petit calcul: la participation a baissé de 40% (ou, si vous préférez, ne représentait que 60% de la participation d’avril dernier). Si tous les partis étaient affectés de la même manière, cela ne causerait aucun problème. Imaginons que le PQ ait été affecté 1.5 fois davantage que la moyenne (les raisons sont multiples: pas de chef, aucune chance de gagner ce comté, etc). Cela voudrait dire qu’alors que 60% des électeurs CAQ du 7 avril se seraient présentés aux urnes hier, seulement 40% des électeurs péquistes se seraient déplacés. Dans ce cas, la projection placerait le PQ vers les 8-9%. Exactement le résultat d’hier!

Bien sûr, il y a des hypothèses dans ce petit calcul, mais cela montre que l’on peut facilement expliquer la performance de ce parti dans la partielle de Lévis par une combinaison de baisse générale à l’échelle de la province (environ 5 points) ainsi qu’une absence de motivation pour les électeurs de ce parti. Mais ce que cela signifie vraiment c’est que non, le PQ n’a probablement pas perdu la moitié de ses votes d’avril. Et non le résultat dans cette partielle n’est pas vraiment indicatif ou informatif de quoique ce soit. Pas davantage que ce que les sondages provinciaux nous ont déjà montré récemment.

Après, soyons clairs, le PQ est probablement à seulement 20% à l’échelle de la province. Cela place ce parti en 3e position, tant dans la population générale que chez les francophones. C’est un score incroyablement bas et la formation souverainiste est bien, bien loin de pouvoir espérer reprendre le pouvoir. Mais si l’on tient compte de l’absence de chef et d’autres facteurs, le PQ n’est pas non plus en train de s’écrouler.