L’ADQ et CAQ dans le 450

- 17 août 2014

La banlieue de Montréal représente probablement l’électorat le plus volatile au Québec (voire au pays). Les électeurs de cette région ne semblent pas avoir une idéologie ou partisanerie très marquée, à l’inverse par exemple de l’Ouest de l’île. On parle d’un électorat qui semble pouvoir facilement envoyer plein de députés ADQ à l’Assemblée Nationale ou virer complètement orange pour le NPD fédéral. Cependant, la tendance est au renforcement du vote dans chaque comté pour les trois principaux partis.

L’ADQ (et maintenant la CAQ) représente possiblement le meilleur symbole de cette volatilité. Ce parti a ses châteaux-forts plutôt dans la région de Québec et la Beauce, mais le 450 (incluant Laval dans cet article) reste un terreau fertile et la source principale de la montée et chute de Mario Dumont (18 gains en 2007, suivis de 17 pertes en 2008). Cet article se veut un regard sur cette région au cours des 5 dernières élections.

Le graphique ci-dessous montre les pourcentages de votes récoltés à chaque élection depuis 2003 dans le 450 par les 4 principaux partis (l’ADQ jusqu’en 2008, la CAQ depuis).

votes 450

Les variations observées (le « swing » en bon français ») sont bien plus importantes que dans le reste de la province. Les coefficients de mon modèle montrent qu’en général, si un parti augmente de 1 point provincialement, il augmentera de 1.5 point dans le 450. Et la CAQ et le PLQ jouent au jeu des vases communicants. En se basant sur ce graphique, voici quelques observations:

- Avant 2014, le PLQ et le PQ fluctuaient dans la même direction. Entre 2003 et 2007 par exemple, ces deux partis ont baissé, l’ADQ/CAQ en étant le principal bénéficiaire. 2014 marque un changement majeur dans le sens que le PLQ semble avoir gagné des votes à la CAQ ainsi qu’au PQ. On parle ici d’effets nets. Je reviendrai sur ce sujet d’ici la prochaine élection, mais ce phénomène est marquant et fait en sorte que le PLQ a probablement terminé 1er chez les franco au Québec en 2014. Pour le PQ, perdre des votes nets au profit des Libéraux n’est de loin pas un bon signe.

- L’une des grandes réussites de la CAQ en 2014 a été de ne pas trop tomber dans le 450 (en plus de rendre son vote plus efficace, voir ci-dessous). La chute de 3 points provincialement n’a pas été accentuée dans le 450 autant qu’auparavant, en particulier sur la Rive-Nord.

- Mine de rien, QS progresse lentement mais surement dans cette région. Les 6.6% récoltés en 2014 commencent à faire mal au PQ (bien que dans cette région, je crois qu’il est faux de partir du principe que QS ne prend ses votes qu’au PQ). On est bien sûr très loin de parler de sièges QS dans le 450, mais cela ne veut pas dire que ce parti n’a pas d’impact.

Et en termes de sièges? Voici le nombre de comtés remportés par parti à chaque élection (souvenez-vous qu’à partir de 2012, la nouvelle carte électorale fait en sorte qu’il y a 3 comtés de plus dans le 450).

Sièges
2003 2007 2008 2012 2014
PLQ 20 12 13 11 15
PQ 20 10 26 25 15
CAQ 0 18 1 7 13
QS 0 0 0 0 0

Première constatation: 2014 n’est pas le pire résultat pour le PQ, 2007 l’était. Malgré un bas historique provincialement (en termes de votes surtout), le 450 a été plus clément. 2007 avait été une catastrophe pour la formation souverainiste sur la Rive-Nord (seulement 3 sièges). À noter que les variations observées ne proviennent pas de Laval où le PLQ y a remportés tous les sièges à chaque année, sauf 2 en 2012.

Lors du passage de l’ADQ à la CAQ, tous les électeurs ADQ n’ont pas suivi. En 2012, François Legault a probablement remporté moins de sièges que prévu sur la Rive-Nord pour cette raison. Pour cette formation, 2014 a permis de presque doubler le nombre de députés tout en perdant en fait des votes! Comment expliquer cela? De deux manières principalement. Premièrement, la CAQ est en effet passée de 32% en 2012 à 28% en 2014, mais le PQ a lui chuté de près de 7 points durant la même période. Le système électoral étant ce qu’il est, perdre des votes peut ne pas être problématique tant que votre adversaire direct en perd davantage (implicitement, cela signifie que la plupart des courses dans le 450 sont davantage PQ vs CAQ). Deuxièmement, la CAQ a eu un vote bien plus efficace en 2014 qu’en 2012. Je l’ai souvent mentionné sur ce blogue depuis l’élection (les mauvaises langues diront que j’essaie encore et toujours de justifier ma sous-estimation pour la CAQ dans mes projections).

Les deux partis qui s’échangent des sièges au fil des élections sont vraiment la CAQ et le PQ. Pour la formation de Legault, je dirais que le principal défi pour la prochaine élection sera de s’assurer de conserver une bonne partie des sièges acquis en 2014. Surtout que la plupart de ces victoires ont été acquises avec des marges très faibles. Si ce parti pouvait tourner certains de ces comtés en sièges quasi assurés (comme c’est le cas en Beauce par exemple), cela lui permettrait d’éviter de connaître des campagnes aussi mouvementées que la dernière (souvenons-nous qu’à deux semaines de l’élection, on pouvait légitimement se poser la question de savoir si François Legault lui-même serait élu). En d’autres mots, gagner des sièges dans une région volatile c’est bien, mais les conserver, c’est mieux. La bonne nouvelle pour la CAQ, c’est que son vote semble plus stable comparé à l’ADQ. 2014 a montré une résilience certaine de cette formation et je pense que du moins à court terme, ce parti n’a pas à se soucier de perdre tous ses sièges dans le 450. Après deux élections, la CAQ est probablement rendu un parti bien différent de la défunte ADQ.

De manières générales, et en conclusion à cet article, les trois principaux partis semblent avoir un vote plus efficace dans le 450 qu’auparavant. Tel que mentionné, la CAQ a gagné 6 sièges malgré une chute de 4 points. Le PLQ a remporté davantage de comtés en 2014 qu’en 2008 en récoltant pourtant près de 4% de votes en moins. Même le PQ a sauvé davantage de députés en 2014 malgré un bas historique dans cette région. Mais le 450 reste l’une des régions les plus volatiles avec un électorat qui peut changer d’avis. Le futur chef du PQ se devra de remonter dans la banlieue alors que la CAQ voudra se servir de cette région comme tremplin pour la prochaine étape.

La course à la chefferie du PQ

- 10 août 2014

Alors que le Bloc a choisi son nouveau chef il y a quelques semaines de cela, le PQ se doit lui-aussi de tenir une course à la chefferie afin de remplacer Pauline Marois. Le parti ne semble pas pressé de le faire et nous n’avons pas de détails. Il n’y a pas non plus de candidat annoncé pour l’instant (bien que certains y pensent, notamment Bernard Drainville qui soutient maintenant une question claire…)

Les courses à la chefferie sont parfois difficiles à prévoir car seul les membres votent mais les sondages interrogent la population entière. Néanmoins, et étonnamment, ces mêmes sondages ont généralement fait une bonne job lors des courses précédentes. Lors de la course André Boisclair vs Pauline Marois, les sondages avaient que le premier allait probablement gagner. Même la fameuse élection de Stéphane Dion était prévisible en regardant attentivement l’information disponible. Et la situation pourrait même être encore meilleure si le PQ permet réellement aux non-membres de voter (ce dont je doute).

Cette course pourrait être particulièrement intéressante car il ne semble pas y avoir de favori, surtout avec Gilles Duceppe passant son tour. Il y a bien sûr PKP, mais les sondages ne montrent pas une avance insurmontable. Et avec la défaite importante d’avril dernier, il est facile d’imaginer que les membres du PQ seront ouverts à des options différentes. PKP a bien sûr la notoriété et sa performance dans Saint-Jérôme montre qu’il peut gagner (il a bénéficié d’un effet personnel qui lui a permis de battre les projections). Il faudra cependant voir si les membres du PQ le tiennent responsable de la dégringolade dans les intentions de votes après son introduction (je l’ai déjà mentionné, je pense personnellement que les membres tiennent Pauline Marois responsable de ne pas avoir pu revenir « on message » et de la stratégie en général).

Je couvrirai cette course en détails. Je tenterai également de faire des projections, essentiellement en suivant les sondages. Ce sera aussi l’occasion d’expérimenter avec possiblement d’autres indicateurs (nombres de fans sur fb ou twitter, etc). Si je devais faire une prédiction maintenant, je n’aurais pas de nom mais je pense que le prochain chef sera soit un jeune très modéré (qui dira clairement que la souveraineté n’est pas pour maintenant) ou alors les membres suivront l’exemple du Bloc et éliront quelqu’un qui sera très indépendantiste (ce qui plaira à au moins un ancien chef du PQ). Je suis persuadé que le PQ n’ira pas avec un chef « entre deux chaises ». La dernière campagne a montré à quel point cette stratégie ne fonctionne plus.

Mario Beaulieu, le choix stratégique pour le Bloc?

- 3 août 2014

Le Bloc Québécois a choisi son nouveau chef il y a quelques semaines déjà. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que son élection ne plaît pas à tout le monde (même au sein du mouvement souverainiste). Mario Beaulieu est en effet très souverainiste/indépendantiste. Il ne cache pas son intention de parler de souveraineté presque tout le temps, alors que son prédécesseur, Gilles Duceppe, se montrait souvent bien plus modéré lors des campagnes et discours (sans pour autant renier son allégeance bien sûr).

La question qui se pose est vraiment de savoir si les membres du Bloc ont fait le bon choix avec Mario Beaulieu.

Le Bloc a vu son nombre de députés réduit drastiquement en 2011 avec la vague orange du NPD. Une défaite majeure pour ce parti et plusieurs y ont vu la fin du Bloc. Les sondages depuis 2011 ne montrent pas vraiment un regain de forme pour ce parti, et il pointe en général aux alentours des 20% (ce qui représente une baisse par rapport au résultat de 2011). Le NPD a lui aussi baissé, essentiellement en raison de la remontée du PLC avec son nouveau chef, Justin Trudeau. Quant aux Conservateurs, ils restent en général sous les 15%, mais je doute que cela leur cause des soucis (soyons honnêtes, le PC serait probablement satisfait de juste conserver ses sièges au Québec lors du prochain scrutin).

Choisir Mario Beaulieu ne permettra sans doute pas au Bloc de redevenir le premier parti au Québec (en termes de votes). Non, c’était le cas pendant de longues années car le Bloc attirait non seulement les électeurs souverainistes, mais également des fédéralistes modérés. Voter Bloc pouvait être vu comme un vote consensuel au Québec, par défaut (dans le sens que pour beaucoup d’électeurs, il n’y avait pas vraiment d’autre choix). Mais choisir un chef moins modéré peut avoir ses avantages. En particulier, cela devrait motiver la base indépendantiste. Vous savez, ces électeurs qui lors de la récente campagne Québécoise répondaient oui à la question: faudrait-il organiser un référendum? De loin pas la majorité actuellement, mais pas un pourcentage non négligeable.

Le graphique ci-dessous vous montre le nombre de sièges remportés par le Bloc en fonction du pourcentage de votes reçus au Québec, selon le modèle est les simulations.

sieges bloc

En faisant 5000 simulations avec le Bloc en moyenne à 20%, on remarque que ce parti pourrait gagner autant que 25 sièges, mais aussi peu que 0. Cela dépendrait de si le Bloc récoltait plutôt 22% ou 18% des votes, ou encore de la distribution de ces votes à travers la province.

Le graphique montre aussi que le Bloc est en danger d’extinction seulement s’il récolte moins de 20% des votes. Tant qu’il reste au-dessus de ce seuil, les chances sont qu’il restera quelques députés Bloquistes. Et la zone payante commence vraiment vers les 23-25% pour ce parti.

Ainsi, choisir un chef qui parlera essentiellement de souveraineté est possiblement un bon choix stratégique. Si l’objectif est de conserver une présence pour le Bloc bien sûr. Bien que le sujet de la souveraineté ne soit pas vraiment d’actualité (demandez à Pauline Marois et aux stratèges Péquistes de la dernière campagne…), il reste une portion non négligeable de la population qui voterait OUI à un éventuel référendum et qui voudrait que cet enjeu soit au premier plan.

En élisant Mario Beaulieu, je dirais que les membres du Bloc ont fait le choix d’avoir un chef qui permettra à ce parti de continuer d’exister, mais qui ne pourra certainement pas reprendre la première place au NPD ou au PLC. En d’autres mots, en s’assurant de présenter une option unique aux électeurs Québécois, le Bloc fait le pari qu’il ne peut pas descendre au-dessous d’un certain seuil de partisans très souverainistes. En se faisant, il risque d’écarter les électeurs plus modérés. Ne compter que sur les souverainistes durs serait catastrophique pour le PQ dans la quête de regagner le pouvoir, mais le Bloc n’a pas le même objectif.

Nous verrons bien lors de la prochaine élection. Les sondages après l’arrivée de Mario Beaulieu n’ont pas été particulièrement favorables au Bloc (pas de « boost » pour le nouveau chef), mais la campagne est encore loin. Et le Bloc a tendance à alterner entre être à 30% ou à 18%.

2 élections très différentes, même performance pour les simulations

- 20 juillet 2014

Les élections au Québec et en Ontario ont été fort différentes à tout point de vue. La situation a été remarquablement stable en Ontario tout au long de la campagne (bien que les sondages variaient beaucoup; je parle ici de la moyenne) alors que la campagne Québécoise a été marquée par un constant déclin du PQ et une remontée de dernière minute de la CAQ. Au Québec, le gouvernement minoritaire sortant n’a pas réussi à remporter une majorité et a même perdu l’élection alors qu’en Ontario, les Libéraux ont réussi à décrocher leur majorité. Aussi, alors que les sondages au Québec ont fait une bonne job (sur-estimant légèrement le PQ), ils étaient pas mal dans le champ en Ontario (surtout en utilisant les « likely voters » des diverses maisons de sondages). Tout ça pour dire qu’il y a bien peu de chose en commun entre ces deux élections, si ce n’est une victoire Libérale à la fin.

Or, les probabilités du modèle (obtenues via simulations) ont en fait connu des performances très similaires. Je ne parle pas ici du nombre de comtés prédits correctement (à ce petit jeu là, les performances en me basant sur les sondages étaient fort similaires alors qu’avec les vraies pourcentages, le modèle a bien mieux fait en Ontario. L’absence de CAQ, kryptonite de mon modèle au Québec, aide bien sûr considérablement). Je parle ici de représenter l’incertitude qui existait. Je parle ici du fait que si le modèle prédit qu’un candidat remportera son comté 75% du temps, alors 25% des candidats dans cette situation se doivent de perdre sur le long terme (long terme étant bien sûr bien davantage que sur une simple élection).

Il existe plusieurs mesures de modèles probabilistes, mais une mesure connue et simple est le « Brier score« . J’en avais déjà parlé lors mon port-mortem au Québec. L’idée du Brier score est de punir les prédictions de deux manières: si le modèle a fait le bon choix dans un comté mais n’avait pas les chances de gagner à 100%, alors il y a une petite erreur. Dans mon exemple, si un candidat était projeté gagnant avec 75% de chances et qu’il a finalement remporté son comté, le Brier score sera de 1-0.75=0.25 au carré. À l’inverse, imaginons que le candidat ait finalement perdu, alors dans ce cas, le score sera de 0.75 au carré. Ainsi, la seule manière d’avoir un Brier parfait (donc zéro) est d’avoir tous les gagnants à 100% et tous les perdants à 0%. Il est bien sûr difficile, voire impossible, d’être aussi parfait au Canada. Si vous projetez l’élection présidentielle au États-Unis, cela est déjà bien plus possible (bien des États ne sont absolument pas en jeu). La beauté du Brier score est de punir les prédictions qui étaient justes mais avec un faible niveau de confiance (ainsi, vous ne pouvez pas tenter de juste parler de courses serrées partout dans l’espoir de n’avoir jamais tort).

Quoiqu’il en soit, lors de l’élection Québécoise, le Brier score de mes prédictions avait été de 8.2%. Un résultat bien loin des différents modèles aux États-Unis, mais encore une fois, prédire le résultat de 125 comtés en se basant sur les % provinciaux est bien plus complexe et incertain que de prédire les résultats dans 50 états avec de nombreux sondages dans chacun d’entre eux.

Et en Ontario? Aussi incroyable que cela puisse paraître, le Brier score a été de… 8.1%! J’ai refait les calculs deux fois pour être sûr.

Il faut bien se rendre compte que ces deux Brier scores n’ont pas la même valeur pour les mêmes raisons. Au Québec, les erreurs sont essentiellement provenues de la performance incroyable de la CAQ dans le 450. En Ontario, les erreurs sont essentiellement dues aux sondages.

Aussi, le modèle continue d’avoir eu raison dans les comtés projetés à 100% (ou alternativement, 0%). En d’autres mots, après 4 élections dans 3 provinces (dont 2-3 où les sondages n’ont de loin pas prédit les résultats correctement), aucun des candidats projetés avec 0% de chances de gagner n’a finalement remporté son comté. Et tous les candidats projetés à 100% ont gagné. C’est passé bien proche en Ontario dans le comté de Durham. Le candidat Libéral n’y avait que 0.4% de chances de gagner et il a finalement remporté ce siège. Le modèle avait les Conservateurs en avance par 16 points! Il faut dire que le candidat Cosnervateur avait remporté ce comté par 20 points en 2011. Ainsi, entre les erreurs des sondages et des effets locaux, ce comté a bien failli couler mon modèle. Pour rappel, au Québec, la plus grande surprise était bien moins impressionnante avec le candidat CAQ dans Masson qui avait environ 5% de chances de gagner. Rappelez-vous qu’il est normal que certains candidats projetés gagnants avec de si faibles chances gagnent de temps à autres. Sinon ils devraient être projetés à 0%.

Au final, les probabilités continuent de prouver qu’elles fonctionnent. Cependant, il semble qu’il me faudra ajouter un petit peu d’incertitude pour les candidats projetés entre 40 et 60% de chances. Après 4 élections, j’ai que les candidats qui étaient projetés avec moins de 50% de chances ne font pas forcément pires que ceux projetés juste au-dessus de 50%. Une petite correction sera apportée d’ici l’élection fédérale

prédictions coupe du monde vs LNH

- 10 juillet 2014

Après une demi-finale incroyable (Brésil vs Allemagne) et une vraiment plate (Argentine vs Pays-Bas), nous voici avec les deux équipes encore en lice pour remporter le trophée. À l’inverse de la phase de groupe, les matchs à élimination directe n’ont quasiment réservé aucune surprise. Dans les faits, la victoire allemande représente le seul cas où le favori n’a pas gagné (et encore, Bloomberg avait l’Allemagne légèrement favorite). Cela veut dire que les modèles de prédictions ont bien mieux fait qu’au début, malgré que Nate Silver fait remarquer à juste titre que si tous les favoris gagnent, cela représente en soit une grosse surprise!

Depuis le début de cette coupe du monde, j’ai émis ma critique concernant les probabilités de certains matchs et résultats. En particulier, je ne comprends pas comment le Brésil pouvait être vu comme ayant près de 50% de chances de gagner cette coupe alors que l’Argentine ou l’Allemagne n’étaient qu’à 10% environ. Bien sûr, vu que nous n’avons pas 1000 coupes du monde (ou la même coupe dans 1000 univers parallèles), nous ne saurons jamais si ces probabilités étaient justes ou non. Mais le foot (ou soccer) reste un jeu où il y a une très grande incertitude et certaines de ces probabilités ne représentaient absolument pas cela. Les sites de paris avaient, dans le cas du Brésil, une situation bien plus serrée.

Qui est favori pour la finale? FiveThirtyEight donne 61% de chances aux allemands, Bloomberg a la même équipe gagnante mais seulement à 50.9%. Goldman Sachs n’a pas de mise à jour pour la finale, du moins pas actuellement. En utilisant le classement Elo, l’Allemagne part favorite à environ 58%.

Quoiqu’il en soit, et peu importe si certains de ces modèles avaient potentiellement un effet « jouer à la maison » trop important pour le Brésil, ils restent tous intéressants et valides. En particulier, ces probabilités sont bien plus pertinentes que celles souvent évoquées pour la NHL et les séries. La différence étant que ces modèles classent les équipes selon divers critères et font des simulations. Quand on dit qu’une équipe a 60% de chances de gagner, on parle bien de l’équipe actuelle, avec sa force et son niveau de jeu courant. Dans la LNH, la plupart du temps, nous n’avons que des probabilités historiques. Par exemple: une équipe classée 8e n’a remporté la coupe qu’une seule fois (les Kings en 2012). C’est un chiffre intéressant en soit, mais cela ne représente pas vraiment les chances qu’une équipe classée 8e gagne la coupe. Après tout, en utilisant cette logique, les Kings avaient 0% de chances en 2012.

Un bon exemple est quand une équipe tire de l’arrière 0-3 dans une série. Dans toute l’histoire de la NHL, seuls 4 équipes ont finalement remporté leur séries. Sur ces 4, nous en avons deux récentes (Flyers contre Boston et cette année, Kings vs Sharks). Avant cette année, les chances (en se basant sur les résultats passés) étaient de 3 sur 175, soit moins de 2%. Mais encore une fois, cela ne s’applique pas vraiment aux Kings. Ce que je veux dire, c’est que les LA Kings n’avaient pas vraiment 1.7% de chances de gagner 4 matchs de suite. Ce 1.7% indique simplement que dans le passé, seulement 1.7% des équipes ont fait une telle remontée.

Pour établir les vraies chances, il nous faudrait avoir un modèle et classer les LA Kings et San Jose Sharks. Une fois cela fait, nous pourrions faire des simulations et voir combien de fois, sur 1000 simulations par exemple, les Kings gagnent 4 fois de suite. Même sans modèle, on peut faire un simple calcul: Imaginons que Sharks et Kings étaient à peu près égaux. Le classement de la saison régulière indique que les Sharks étaient supérieurs mais en même temps, on peut facilement argumenter que les Kings sont meilleurs en séries et ont davantage d’expérience. Dans ce cas-là, les chances de gagner un match sont de 50-50.

Lorsque les Kings étaient menés 0-3, les chances de gagner 4 matchs de suite étaient ainsi de 0.5*0.5*0.5*0.5=0.025 ou 6.25%. J’assume ici l’indépendance des résultats d’un match à l’autre, ce qui est une hypothèse importante. Néanmoins, nous voyons que ce simple calcul augmente considérablement les chances des Kings de remonter la pente. Cela reste improbable (tel que ça devrait l’être!), mais pas autant qu’avant. Il s’agît ici d’un modèle super simple (le terme modèle n’est probablement même pas adapté) mais au moins nous essayons de représenter l’incertitude actuelle. Avec davantage de temps et de données, on peut facilement imaginer avoir un modèle cohérent.

Mener 3-0 dans une série n’est plus la même chose qu’avant. Aujourd’hui, mener 3-0 est plus souvent le signe d’avoir été chanceux (dans le sens d’avoir eu les bons rebonds, une déviation,  une pénalité au bon moment, etc) lors des trois premiers matchs plutôt que le fait d’être complètement supérieur à l’autre équipe. Cela veut dire que les remontée de 0-3 à 3-3 ou 4-3 devraient arriver plus fréquemment avec la parité dans la LNH.

À ma connaissance, il n’existe pas actuellement de modèles ou sites de prédictions offrant des probabilités similaires à ce que nous voyons pour la coupe du monde et cela est regrettable. Je pourrais peut-être essayer.